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Identité et Xénophobie : le cas de l’Afrique du Sud

Le préambule de la constitution sud-africaine affiche que le pays est une démocratie unie, non-raciale et non–sexiste, pourtant les flambées de violence raciale, la chasse « aux étrangers », la mise en cause du « capitalisme blanc » minent cette jeune démocratie. Alors qu’identité et racisme font florès un peu partout dans les vieilles démocraties, le cas sud-africain n’est pas sans intérêt.

Le « pays de Mandela » a un long passé raciste qui ne pouvait pas disparaître par un coup de baguette magique. Les luttes pour en finir avec le régime criminel qu’était le système d’apartheid ont autorisé tous les espoirs et le rêve d’un pays où la vie serait meilleure pour tous. Ce rêve omniprésent, alimenté par un éclairage aveuglant sur l’héroïsation de Nelson Mandela, qui n’en demandait pas tant, par des médias gourmands de belles histoires pour faire oublier leur silence coupable pendant les années d’horreur de l’apartheid, a occulté une réalité faite d’ombre et de lumière.

Dans un article qui donne du grain à moudre, Jeff Rudin, écrit « Je est au cœur de toutes les identités ». Ce Je qui pose l’éternel question : qui suis-je ? obtient une réponse grandement formatée par l’endroit où ce « je » se trouve et ce « je » est prêt à se défendre dès qu’il se sent agressé par d’autres « je » qu’ils considèrent comme hostile à sa survie. https://banoyi.com/opinionista-iden... Dans un pays le plus inégalitaire au monde, où la pauvreté touche presque la moitié de la population, où le chômage atteint des records et comme le dit laconiquement l’économiste Ricardo Hausman « les indicateurs du marché du travail se sont notablement détériorés ces dix dernières années et sont parmi les plus mauvais du monde », la pauvreté sordide côtoie des fortunes colossales.

Tous les ingrédients pour nourrir les rancoeurs, les jalousies, les frustrations et déchirer brutalement le tissu social mijotent jusqu’à l’explosion. Depuis 2008, les attaques xénophobes se multiplient contre ceux qui sont venus chercher refuge en Afrique du Sud. Cette haine de l’étranger est aujourd’hui ouvertement affichée par des dirigeants des nouveaux partis qui sont apparus aux dernières élections.

Gayton Mc Kenzie, président du parti Patriotic Alliance, milliardaire sulfureux, veut l’extradition immédiate de tous les Africains qui ne sont pas Sud-Africains , sans faire la moindre distinction entre résidents légaux ou illégaux et il veut même déporter ceux qui sont naturalisés sud-africains. Herman Mashaba, ancien maire de Johannesburg sous l’étiquette Alliance démocratique, et toujours millionnaire, en créant son propre parti Action South Africa avait inscrit dans son programme de mettre fin à l’immigration illégale. Julius Malema, le dirigeant du parti EFF, les Combattants de la liberté économique, avait fait alliance avec Herman Mashaba pour battre l’ANC aux élections de 2016. Julius Malema a été trainé devant les tribunaux à plusieurs occasions pour insultes et incitation à la haine raciale.

Cette haine de l’autre a atteint des proportions dramatiques pendant les émeutes de Juillet 2021 à Durban. Ces émeutes qui ont coïncidé avec l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma ont provoqué la mort de plus de 300 personnes, des millions de rands de dommages et l’incendie d’un entrepôt de produits chimiques dangereux dont les dégâts environnementaux sont encore difficiles à évaluer. Mais ceux qui incitaient les pauvres au pillage ne cachaient pas que les propriétaires des magasins étaient très souvent des Blancs, c’est dire à Durban majoritairement des Indiens. Le pillage devenait, non pas le simple vol de biens matériels inaccessibles, mais la résurgence de la classification raciale honnie du temps de l’apartheid. Je peux te voler et te tuer parce que tu es un Autre.

Au sein même de l’ANC, les partisans de la Radical Economic Transformation ou RET, Transformation radicale de l’économie, rendent « le capitalisme blanc » responsable de tous les maux. Cet terme de « capitalisme monopoliste blanc » était une trouvaille du cabinet de conseil en communication Bell Pottinger qui avait repris et déformé pour le compte du Président Zuma et ses amis, la réalité de l’emprise des grands capitalistes blancs, de Cecil Rhodes à la famille Oppenheimer, sur l’économie sud-africaine. (Voir Bell Pottinger articles de février et juillet 2017).

Coupler « le capitalisme monopoliste blanc » avec « la transformation radicale de l’économie », c’est faire croire aux masses pauvres et incultes qu’enfin, elles aussi ont droit à ces richesses accaparées par les Blancs et leur faire oublier que les nouveaux riches noirs, les bénéficiaires de la politique du Black Economic Empowerment, ou les escrocs de la capture de l’Etat (State Capture) identifiés par la Commission Zondo ont aussi rempli leurs poches en oubliant complètement leurs frères des townships. Les « chats gras » ont bien profité du nouveau régime démocratique sud-africain en se souciant comme d’une guigne des millions de chômeurs et des millions de Sud-africains qui survivent de l’aide sociale.

Julius Malema a été le plus virulent dans cette campagne anticapitalisme blanc et a bâti sa popularité sur un discours populiste qui essaime jusque dans les rangs de la direction de l’ANC. Lindiwe Sisulu, fille de Walter et Albertina Sisulu, deux piliers de la lutte contre l’apartheid, preuve que l’esprit révolutionnaire n’est pas héréditaire, a fait scandale en attaquant la Constitution sud -africaine et tout le système judiciaire en accusant les juges d’être « des Africains mentalement colonisés » qui n’agissent pas en faveur des masses opprimées.

« Les divisions et les factions au sein de l’ANC sont devenues une menace pour notre démocratie » a reconnu le Président Ramaphosa qui déplore que les héritiers des hommes et des femmes qui avaient mis l’intérêt de tous avant leur propre intérêt en arrivent à faire du fameux ubuntu un mot vide de sens en le remplaçant par l’identité qui appauvrit notre humanité.

Publié le dimanche 20 février 2022


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