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Le Parti communiste d’Afrique du Sud a cent ans

La formation du parti communiste d’Afrique du Sud plonge ses racines dans le mouvement d’opposition à la Première Guerre mondiale et la formation de la première Ligue internationale socialiste. Réunis dans la ville du Cap pour un congrès de quatre jours les 29, 30 et 31 juillet et 1er août 1921, 2000 délégués adoptèrent la résolution pour la création du Parti communiste d’Afrique du Sud.

Ce sont des Blancs qui sont à l’origine du PCAS, dont beaucoup de juifs originaires des pays baltes, Lituanie et Lettonie, qui ont fui ces pays après l’assassinat du tsar réformateur Alexandre II. Artisans, employés ou simples ouvriers, souvent influencés par les théories marxistes, ils et elles seront très actifs dans la formation des syndicats du textile, du cuir, de l’habillement, des conserveries. Ray Alexander, Hilda Berstein , Solly Sachs, Ruth First, Joe Slovo, HarryWolpe, Michael Harmel et bien d’autres laissèrent leurs noms dans l’histoire du mouvement politique et syndical sud-africain.

Ce qui retient l’attention, c’est la volonté déclarée de créer un parti non-racial et de former des cadres et militants noirs, indiens ou métis dans une société déjà divisée selon des lignes raciales. Autre particularité, le PCAS accueille des femmes, comme Josie Palmer, la première femme noire qui adhère au parti en 1928, Dora Tamara ou Lilian Ngoyi . La grève des mineurs blancs en 1922 mit à l’épreuve le tout jeune parti puisque les mineurs blancs s’opposaient à l’embauche de mineurs noirs pour des postes semi-qualifiés. La volonté de former des cadres militants noirs, indiens ou métis n’en sera pas altérée pour autant

Dès 1930 des militants noirs accedèrent à la direction du parti comme Moses Kotane ou JP Marks, ou encore des Indiens comme Yusuf Dadoo, mais l’obédience à l’Union soviétique n’alla pas sans remous, l’idée d’une « république noire » inspirée par Moscou étant mise en question face à la réalité sud-africaine. « Il n’y a pas de loi universelle pour faire la révolution », disait Ben Turok .

La grande question théorique qui va tarauder les communistes sud-africains va être de faire le lien entre la lutte de libération nationale et la voie vers le socialisme. De multiples écrits abordent cette question, car il s’agissait de libérer sur le terrain la majorité de la population noire de l’oppression de race et de classe. Le Congrès national africain (ANC), le mouvement de libération créé en 1912, se battait avant tout pour le droit de vote et avait adopté une politique très modérée ; c’est dans les années 1940 que les « jeunes lions » de la Ligue de la jeunesse de l’ANC vont sortir le mouvement de sa torpeur. Walter Sisulu fut la cheville ouvrière du rapprochement entre le PCAS et l’ANC.

Ce rapprochement n’alla pas sans affrontements idéologiques, notamment avec les africanistes. La critique du marxisme européen se traduisit par l’élaboration d’un « socialisme africain », porté par des personnalités comme Julius Nyerere en Tanzanie, Modibo Keita au Mali, Sekou Touré en Guinée, Kwame Nkrumah au Ghana, Leopold Senghor au Sénégal ou Kenneth Kaunda en Zambie. Le PCAS trouva une réponse à l’épineux problème de la relation entre oppression coloniale et exploitation de classe en élaborant le concept de « colonialisme d’un type spécial », où colons et colonisés cohabitent sur le même territoire, théorie explicitée dans le document The Road to South African Freedom.

L’arrivée du Parti national au pouvoir en 1948 et la mise en place du système d’apartheid dont une des premières lois fut celle sur la Répression du communisme en 1950 obligea le CPAS à passer à la clandestinité dans des conditions très difficiles. L’histoire de cette période clandestine reste encore à écrire. En 1953, le parti communiste réapparu sous le nom de South African Communist Party (Parti communiste sud- africain, SACP), qui est toujours son nom officiel.

Les années 1950 furent des années d’intense activité, de rapprochement entre divers mouvements progressistes, l’ANC, le Congrès indien (SAIC), le Congrès des gens de couleur (CPC), le Congrès des syndicats (SACTU) et le Congrès des démocrates qui accueillait les progressistes blancs et les communistes. Le Congrès de l’Alliance regroupait toutes ces formations afin de lutter ensemble contre le régime d’apartheid, renforçant ainsi concrètement une coalition dont le mot d’ordre était de rassembler sans distinction de race. Le non-racialisme sera le socle de cette société nouvelle pour laquelle tous luttaient, tout en donnant à l’ANC, qui représentait la majorité des opprimés noirs, la direction de la lutte de libération.

En 1952, la Campagne de défiance envers les lois de l’apartheid rassembla des milliers de militant.e.s, toutes races, religions et idéologies confondues, dont 8000 furent arrêté.e.s. Le choix du 6 avril 1952, anniversaire de l’arrivée trois cents ans plus tôt de Jan van Riebeeck au Cap en 1652, avait une valeur hautement symbolique, tout comme l’insistance sur la nature non-violente du mouvement. Les idées du parti communiste, bien qu’interdit, avaient trouvé des relais dans les diverses organisations qui n’étaient pas encore interdites comme le Congrès indien ou celui des démocrates. En 1955, l’ANC décida de réunir un Congrès du peuple à Kliptown pour l’adoption d’une « Charte de la liberté ». Cette Charte, qui affirme dans son préambule que « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, Noirs et Blancs », reste la référence fondamentale de la démocratie sud-africaine, même si son contenu reste toujours objet de débat, en particulier ses options « socialistes » sur la propriété et le partage des richesses nationales.

La fin de non-recevoir opposée aux revendications et la répression amenèrent l’ANC à riposter par la création, en décembre1961, mouvement armé, MK. Les communistes jouèrent un rôle de premier plan dans son organisation et le recrutement de volontaires. Nelson Mandela expliqua clairement ce choix dans sa plaidoirie au procès de Rivonia, qui suivit l’arrestation de la direction de l’ANC à Lilies’ Farm en juillet 1962. La répression s’intensifiera encore avec l’arrestation de Bram Fisher, Afrikaner blanc communiste, un des avocats des accusés de Rivonia, en 1964.

Le désastre de Rivonia amena à revoir la stratégie de la lutte clandestine et à créer ce qui appellait « la mission extérieure de l’ANC » qui s’établit dans les pays voisins, d’abord en Tanzanie, puis en Zambie à Lusaka sous la direction Oliver Tambo.

La Conférence de Morogoro en Tanzanie en 1969 marqua un tournant décisif dans les rapports entre l’ANC, le SACP et le SACTU. Elle affirma le leadership de l’ANC dans la lutte de libération et admit dans ses rangs mais aussi dans sa direction des militants non-africains issues des autres formations du Congrès de l’alliance, en particulier du SACP. Un conseil révolutionnaire fut formé, où allaient siéger Yusuf Dadoo et Joe Slovo, deux dirigeants communistes. La conférence adopta un programme, Strategy and Tactics, qui reprend l’analyse de la société sud-africaine selon le concept d’une « colonisation d’un type spécial ». Toutefois des voix dissidentes se firent entendre, dénonçant la présence de communistes dans la direction de l’ANC. Après Morogoro, le parti communiste réactiva sa présence clandestine à l’intérieur du pays malgré une répression féroce, nombre de ses militants étant arrêtés, condamnés à la prison, torturés, souvent à mort. La clandestinité ne facilita pas les relations entre les organisations, comme le reconnut Oliver Tambo en juillet 1981 : « notre alliance est un organisme vivant qui a grandi dans la lutte. Nous l’avons construit avec nos expériences séparées et communes. »

Le soutien des pays du bloc soviétique à la lutte de libération - en particulier au SACP dont les militants étaient formés dans les pays de l’est, les publications imprimés à Prague ou à Berlin – fournit au régime d’apartheid un argument pour qualifier tous ses opposants de « terroristes communistes ». Au sein du parti, de sérieuses questions sur le stalinisme, la réalité du socialisme en URSS furent l’objet de débats importants et de défections. Ruth First fut une des plus virulentes à dénoncer le stalinisme au grand dam de son époux Joe Slovo, qui écrivit finalement un pamphlet qui fit grand bruit en 1990 : « Has socialism failed ? » .

Quand, finalement, dans son discours du 2 février 1990, Frederik de Klerk annonça la levée de l’interdiction des mouvements et partis interdits par le régime d’apartheid et l’ouverture des négociations, la présence de communistes dans l’équipe de l’ANC, en particulier de Joe Slovo, posa problème à certains, mais la réponse de Thabo Mbeki fut sans équivoque : « pas de Slovo, pas de rencontre ». Le SACP eut donc une influence dans les négociations qui aboutirent aux élections de 1994, même si c’est la victoire de l’ANC que l’on retint. De nombreux exilés rentrèrent au pays, et certains devinrent ministres, comme Joe Slovo, Ronnie Kasrils ou Kader Asmal, d’autres furent élus députés sous l’étiquette de l’ANC.

La guerre froide, l’affrontement entre l’URSS et la Chine, la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ou du Mouvement des Non-Alignés ont aussi pesé sur la lutte menée par le Parti et ses alliés, amenant à revoir The Path to power, élaboré en 1962 : le parti renonça à l’idée d’une phase de transition entre capitalisme et socialisme. Le délitement puis l’effondrement de l’URSS et la chute du Mur de Berlin au moment même où l’apartheid cédait devant les efforts conjoints de la lutte armée, du mouvement clandestin, du mouvement de masse et de la solidarité internationale, contraignirent le parti, « comme beaucoup de ses partis frères dans les pays africains post-coloniaux, à faire face à la difficulté de survivre comme force socialiste dans une alliance dirigée par un mouvement nationaliste dont le gouvernement est à la tête d’une économie capitaliste ».

Cette année 2021, le centenaire du SACP intervient dans un contexte bien particulier : celui de la pandémie de la Covid 19 qui ravage le pays et qui interdit toute grande manifestation de masse, mais aussi celui des émeutes de la mi-juillet qui ont suivi l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma. A la conférence de Polokwane en 2009, le soutien apporté par le SACP à Jacob Zuma dans son affrontement avec Thabo Mbeki, jugé loin du peuple et accusé de promouvoir une politique économique néo-libérale, n’est pas sans poser de nombreuses questions, et fait écho à ce qu’écrivait Ben Turok en 2011 : « à moins d’incorporer dès maintenant le socialisme dans les objectifs du mouvement de libération, la révolution fera long feu et amènera au pouvoir non pas un gouvernement démocratique allant vers le socialisme, mais un gouvernement de type bourgeois noir qui ne se révèlera pas moins oppresseur que l’actuelle classe capitaliste blanche. »

Ce sont des Blancs qui sont à l’origine du PCAS, dont beaucoup de juifs originaires des pays baltes, Lituanie et Lettonie, qui ont fui ces pays après l’assassinat du tsar réformateur Alexandre II. Artisans, employés ou simples ouvriers, souvent influencés par les théories marxistes, ils et elles seront très actifs dans la formation des syndicats du textile, du cuir, de l’habillement, des conserveries. Ray Alexander, Hilda Berstein , Solly Sachs, Ruth First, Joe Slovo, HarryWolpe, Michael Harmel et bien d’autres laissèrent leurs noms dans l’histoire du mouvement politique et syndical sud-africain.

Ce qui retient l’attention, c’est la volonté déclarée de créer un parti non-racial et de former des cadres et militants noirs, indiens ou métis dans une société déjà divisée selon des lignes raciales. Autre particularité, le PCAS accueille des femmes, comme Josie Palmer, la première femme noire qui adhère au parti en 1928, Dora Tamara ou Lilian Ngoyi . La grève des mineurs blancs en 1922 mit à l’épreuve le tout jeune parti puisque les mineurs blancs s’opposaient à l’embauche de mineurs noirs pour des postes semi-qualifiés. La volonté de former des cadres militants noirs, indiens ou métis n’en sera pas altérée pour autant

Dès 1930 des militants noirs accedèrent à la direction du parti comme Moses Kotane ou JP Marks, ou encore des Indiens comme Yusuf Dadoo, mais l’obédience à l’Union soviétique n’alla pas sans remous, l’idée d’une « république noire » inspirée par Moscou étant mise en question face à la réalité sud-africaine. « Il n’y a pas de loi universelle pour faire la révolution », disait Ben Turok .

La grande question théorique qui va tarauder les communistes sud-africains va être de faire le lien entre la lutte de libération nationale et la voie vers le socialisme. De multiples écrits abordent cette question, car il s’agissait de libérer sur le terrain la majorité de la population noire de l’oppression de race et de classe. Le Congrès national africain (ANC), le mouvement de libération créé en 1912, se battait avant tout pour le droit de vote et avait adopté une politique très modérée ; c’est dans les années 1940 que les « jeunes lions » de la Ligue de la jeunesse de l’ANC vont sortir le mouvement de sa torpeur. Walter Sisulu fut la cheville ouvrière du rapprochement entre le PCAS et l’ANC.

Ce rapprochement n’alla pas sans affrontements idéologiques, notamment avec les africanistes. La critique du marxisme européen se traduisit par l’élaboration d’un « socialisme africain », porté par des personnalités comme Julius Nyerere en Tanzanie, Modibo Keita au Mali, Sekou Touré en Guinée, Kwame Nkrumah au Ghana, Leopold Senghor au Sénégal ou Kenneth Kaunda en Zambie. Le PCAS trouva une réponse à l’épineux problème de la relation entre oppression coloniale et exploitation de classe en élaborant le concept de « colonialisme d’un type spécial », où colons et colonisés cohabitent sur le même territoire, théorie explicitée dans le document The Road to South African Freedom.

L’arrivée du Parti national au pouvoir en 1948 et la mise en place du système d’apartheid dont une des premières lois fut celle sur la Répression du communisme en 1950 obligea le CPAS à passer à la clandestinité dans des conditions très difficiles. L’histoire de cette période clandestine reste encore à écrire. En 1953, le parti communiste réapparu sous le nom de South African Communist Party (Parti communiste sud- africain, SACP), qui est toujours son nom officiel.

Les années 1950 furent des années d’intense activité, de rapprochement entre divers mouvements progressistes, l’ANC, le Congrès indien (SAIC), le Congrès des gens de couleur (CPC), le Congrès des syndicats (SACTU) et le Congrès des démocrates qui accueillait les progressistes blancs et les communistes. Le Congrès de l’Alliance regroupait toutes ces formations afin de lutter ensemble contre le régime d’apartheid, renforçant ainsi concrètement une coalition dont le mot d’ordre était de rassembler sans distinction de race. Le non-racialisme sera le socle de cette société nouvelle pour laquelle tous luttaient, tout en donnant à l’ANC, qui représentait la majorité des opprimés noirs, la direction de la lutte de libération.

En 1952, la Campagne de défiance envers les lois de l’apartheid rassembla des milliers de militant.e.s, toutes races, religions et idéologies confondues, dont 8000 furent arrêté.e.s. Le choix du 6 avril 1952, anniversaire de l’arrivée trois cents ans plus tôt de Jan van Riebeeck au Cap en 1652, avait une valeur hautement symbolique, tout comme l’insistance sur la nature non-violente du mouvement. Les idées du parti communiste, bien qu’interdit, avaient trouvé des relais dans les diverses organisations qui n’étaient pas encore interdites comme le Congrès indien ou celui des démocrates. En 1955, l’ANC décida de réunir un Congrès du peuple à Kliptown pour l’adoption d’une « Charte de la liberté ». Cette Charte, qui affirme dans son préambule que « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, Noirs et Blancs », reste la référence fondamentale de la démocratie sud-africaine, même si son contenu reste toujours objet de débat, en particulier ses options « socialistes » sur la propriété et le partage des richesses nationales.

La fin de non-recevoir opposée aux revendications et la répression amenèrent l’ANC à riposter par la création, en décembre1961, mouvement armé, MK. Les communistes jouèrent un rôle de premier plan dans son organisation et le recrutement de volontaires. Nelson Mandela expliqua clairement ce choix dans sa plaidoirie au procès de Rivonia, qui suivit l’arrestation de la direction de l’ANC à Lilies’ Farm en juillet 1962. La répression s’intensifiera encore avec l’arrestation de Bram Fisher, Afrikaner blanc communiste, un des avocats des accusés de Rivonia, en 1964.

Le désastre de Rivonia amena à revoir la stratégie de la lutte clandestine et à créer ce qui appellait « la mission extérieure de l’ANC » qui s’établit dans les pays voisins, d’abord en Tanzanie, puis en Zambie à Lusaka sous la direction Oliver Tambo.

La Conférence de Morogoro en Tanzanie en 1969 marqua un tournant décisif dans les rapports entre l’ANC, le SACP et le SACTU. Elle affirma le leadership de l’ANC dans la lutte de libération et admit dans ses rangs mais aussi dans sa direction des militants non-africains issues des autres formations du Congrès de l’alliance, en particulier du SACP. Un conseil révolutionnaire fut formé, où allaient siéger Yusuf Dadoo et Joe Slovo, deux dirigeants communistes. La conférence adopta un programme, Strategy and Tactics, qui reprend l’analyse de la société sud-africaine selon le concept d’une « colonisation d’un type spécial ». Toutefois des voix dissidentes se firent entendre, dénonçant la présence de communistes dans la direction de l’ANC. Après Morogoro, le parti communiste réactiva sa présence clandestine à l’intérieur du pays malgré une répression féroce, nombre de ses militants étant arrêtés, condamnés à la prison, torturés, souvent à mort. La clandestinité ne facilita pas les relations entre les organisations, comme le reconnut Oliver Tambo en juillet 1981 : « notre alliance est un organisme vivant qui a grandi dans la lutte. Nous l’avons construit avec nos expériences séparées et communes. »

Le soutien des pays du bloc soviétique à la lutte de libération - en particulier au SACP dont les militants étaient formés dans les pays de l’est, les publications imprimés à Prague ou à Berlin – fournit au régime d’apartheid un argument pour qualifier tous ses opposants de « terroristes communistes ». Au sein du parti, de sérieuses questions sur le stalinisme, la réalité du socialisme en URSS furent l’objet de débats importants et de défections. Ruth First fut une des plus virulentes à dénoncer le stalinisme au grand dam de son époux Joe Slovo, qui écrivit finalement un pamphlet qui fit grand bruit en 1990 : « Has socialism failed ? » .

Quand, finalement, dans son discours du 2 février 1990, Frederik de Klerk annonça la levée de l’interdiction des mouvements et partis interdits par le régime d’apartheid et l’ouverture des négociations, la présence de communistes dans l’équipe de l’ANC, en particulier de Joe Slovo, posa problème à certains, mais la réponse de Thabo Mbeki fut sans équivoque : « pas de Slovo, pas de rencontre ». Le SACP eut donc une influence dans les négociations qui aboutirent aux élections de 1994, même si c’est la victoire de l’ANC que l’on retint. De nombreux exilés rentrèrent au pays, et certains devinrent ministres, comme Joe Slovo, Ronnie Kasrils ou Kader Asmal, d’autres furent élus députés sous l’étiquette de l’ANC.

La guerre froide, l’affrontement entre l’URSS et la Chine, la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ou du Mouvement des Non-Alignés ont aussi pesé sur la lutte menée par le Parti et ses alliés, amenant à revoir The Path to power, élaboré en 1962 : le parti renonça à l’idée d’une phase de transition entre capitalisme et socialisme. Le délitement puis l’effondrement de l’URSS et la chute du Mur de Berlin au moment même où l’apartheid cédait devant les efforts conjoints de la lutte armée, du mouvement clandestin, du mouvement de masse et de la solidarité internationale, contraignirent le parti, « comme beaucoup de ses partis frères dans les pays africains post-coloniaux, à faire face à la difficulté de survivre comme force socialiste dans une alliance dirigée par un mouvement nationaliste dont le gouvernement est à la tête d’une économie capitaliste ».

Cette année 2021, le centenaire du SACP intervient dans un contexte bien particulier : celui de la pandémie de la Covid 19 qui ravage le pays et qui interdit toute grande manifestation de masse, mais aussi celui des émeutes de la mi-juillet qui ont suivi l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma. A la conférence de Polokwane en 2009, le soutien apporté par le SACP à Jacob Zuma dans son affrontement avec Thabo Mbeki, jugé loin du peuple et accusé de promouvoir une politique économique néo-libérale, n’est pas sans poser de nombreuses questions, et fait écho à ce qu’écrivait Ben Turok en 2011 : « à moins d’incorporer dès maintenant le socialisme dans les objectifs du mouvement de libération, la révolution fera long feu et amènera au pouvoir non pas un gouvernement démocratique allant vers le socialisme, mais un gouvernement de type bourgeois noir qui ne se révèlera pas moins oppresseur que l’actuelle classe capitaliste blanche. »

Publié le jeudi 29 juillet 2021


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