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Cyril Ramaphosa peut-il redonner confiance dans le gouvernement dirigé par l’ANC ?

Après les quatre jours de pillage et de destruction qui ont ravagé deux provinces : le Kwazulu Natal et le Gauteng, quelle est la marge de manœuvre pour le chef de l’état et le président de l’ANC de redonner espoir et confiance à une population pauvre et désespérée ?

Ce qui devait être une manifestation de soutien à Jacob Zuma, s’est vite transformée en chaos et anarchie, qui a mis à feu et à sang le Kwazulu Natal et le Gauteng, la province natale du président déchu et le poumon économique du pays. Ce qui a fait dire à Cyril Ramaphosa qu’il s’agissait d’un complot pour renverser l’Etat et que ceux qui ont orchestré l’insurrection manquée seraient traduits devant la justice. C’est la moindre des choses mais le fond du problème est la croissance ahurissante des inégalités sous un gouvernement qui promet « une vie meilleure pour tous » depuis presque trente ans.

Le pillage des ressources et la non redistribution des richesses n’est pas le fait des pillages sporadiques spontanés ou orchestrés mais bel et bien celui d’une élite qui a par tous les moyens chercher un enrichissement rapide au grand mépris de la masse des pauvres. Dans un pays comme l’Afrique du Sud où le capitalisme néocolonial perdure et enrichit une nouvelle bourgeoisie noire qui a accueilli à bras ouvert le néolibéralisme et la croyance dans la théorie du ruissellement : riches enrichissez vous, il y aura bien quelques gouttes pour que les pauvres se tiennent tranquilles. Sauf que la marmite de ce mauvais brouet vient d’exploser.

Quelques chiffres suffisent à eux seuls à expliquer l’explosion : le coût des centrales thermiques de Medupi et Kosile est passé de 150 milliards de rands initialement prévus à 450 milliards de rands, un triplement des coûts que l’on retrouve peu ou prou pour toutes les commandes publiques. Le chômage permanent est le lot de près de 14 millions de personnes soit 43% de la population en âge de travailler ! Un échec complet ! De plus l’inflation des prix des produits de première nécessité les met hors de portée des pauvres. Le panier de la ménagère en juin 2021 est évalué à 4128 rands par mois quand une domestique peine à gagner plus de 2000 rands et encore quand la pandémie du Covid 19 lui permet de se rendre à son travail. Quand la quête d’un repas par jour devient une obsession pour des millions de gens, la ruée vers des magasins éventrés offrant des rangées de denrées alimentaires à portée de mains et sans surveillance devient une évidence. Selon le dernier rapport de la Commission for Employment Equity les Blancs qui représentent 9% de la population occupent 64,7% des postes de cadres et direction. Le salaire mensuel pour un blanc est de 24 646 rands, pour un métis de 9339 rands et pour un noir de 6899 rands et à qualification égale une femme noire gagne 24 %de moins que sa collègue blanche. Il faut appeler un chat un chat : ce capitalisme débridé qui enrichit les riches et affame les pauvres se perpétue selon la couleur de la peau, les riches peuvent être blancs ou noirs, mais les pauvres sont toujours noirs.

Plusieurs membres du gouvernement ont reconnu que des erreurs avaient été commises, mais peu ont donné des pistes pour y remédier. Pourtant des mesures d’urgence s’imposent comme la distribution de colis alimentaires dans les communautés dévastées, le rétablissement de l’allocation spéciale Covid de 350 rands à toutes les personnes sans emploi, des aides aux entreprises qui n’avaient pas d’assurances pour couvrir les dégâts de ces derniers jours, etc.

Devant l’étendue du désastre, même le Président a évoqué le BIG, le Basic Income Grant, cette allocation de base mise en avant pour lutter contre la pauvreté il a plusieurs années déjà par des organisations diverses à l’écoute des plus démunis. Aujourd’hui il ne s’agit plus de mots, des mots il y en beaucoup répétés à satiété, mais d’action à entreprendre sans tarder. Cette allocation de 1268 rands serait versée à tous les adultes et serait selon Isobel Frye, responsable du Studies in Poverty and Inequality Institute « la façon de répondre d’une manière positive à l’horreur de la semaine passée ». Cette somme versée individuellement en espèces permettrait de faire face aux besoins urgents et de sortir de l’extrême pauvreté débilitante. Redonner la dignité, pour redonner la confiance, une tâche urgente pour éviter le feu dans tout le pays la prochaine fois. https://www.dailymaverick.co.za/art...

Quant à l’avenir de l’ANC, il dépendra de la volonté de ses dirigeants de faire le grand ménage dans ses rangs, de regarder en face ses erreurs, de faire des propositions concrètes. Pour les plus optimistes, c’est encore possible, pour les plus pessimistes, c’est déjà trop tard.

Publié le mardi 20 juillet 2021


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