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Afrique du Sud : des élections pour défendre la liberté d’expression !

Dans moins d’un mois, les Sud-Africains iront voter pour renouveler leurs représentants à l’Assemblée nationale, qui éliront le président du pays pour cinq ans. Au bout de 25 ans de gouvernement, le parti au pouvoir a beaucoup perdu de son crédit auprès d’électeurs lassés par les scandales, la corruption et l’inertie face aux inégalités et à la pauvreté. L’opposition n’a guère mieux à offrir, mais l’ANC joue son avenir.

Les inscriptions sur les listes électorales sont closes et l’on s’aperçoit que 10 millions d’électeurs potentiels n’ont pas fait l’effort de s’inscrire, les plus jeunes en particulier. Les listes des 48 partis qui vont tenter d’attirer les votes des électeurs sont déposées auprès de la Commission électorale indépendante, garante du bon déroulement du scrutin pour choisir les nouveaux élus à l’Assemblée nationale et aussi les nouvelles directions pour chacune des neuf provinces du pays.

La composition des listes appartient aux directions des partis politiques et l’électeur vote pour une liste dans son intégralité, il ne peut pas rayer un nom qui lui déplairait pour la simple raison que les noms des candidats n’apparaissent pas sur les bulletins de vote et que l’électeur vote pour un parti. Et c’est là que la controverse fait rage : un parti peut-il mettre sur sa liste un.e candidat.e dont le nom est synonyme de scandale et corruption ? Le Congrès national africain (ANC), comme l’Alliance démocratique (DA) ou le parti des Combattants de la liberté économique (EFF) ont choisi des candidats qui sentent le souffre.

Pour le DA, le choix de candidats au langage et aux actes racistes ont choqué l’opinion publique, pour le EFF, les accusations de corruption ont obligé certains candidats à renoncer à participer au scrutin, sans compter les vociférations sexistes et raciste de la tête de liste, Julius Malema. Mais c’est sans aucun doute la liste de l’ANC qui fait scandale.

La sacro sainte doctrine qui voudrait qu’un présumé coupable soit supposé innocent tant que la preuve n’a pas été faite de sa culpabilité est décriée, tant à l’intérieur de l’ANC qu’à l’extérieur, à la lecture de certains noms et de leurs méfaits « qui font dresser les cheveux sur la tête », comme l’ont dit des vétérans du parti dans leur lettre ouverte il y a quelques jours.

Les révélations de ceux qui ont accepté de répondre aux questions de la Commission Zondo chargée de faire la lumière sur les largesses de la compagnie Bosasa envers un nombre impressionnant de responsables de l’ANC, de PDG d’entreprises publiques, sont au moins aussi fracassantes que celles concernant ceux qui ont bénéficié des largesses de la famille Gupta.

Alors que la campagne électorale avance à grands pas, la publication du livre de Pieter-Louis Myburg sur le secrétaire actuel de l’ANC, Ace Magashule a fait l’effet d’une bombe. Le titre est explicite : Gangster State : unravelling Ace Magashule’s web of capture et les révélations sont aussi renversantes que celles du livre de Jacques Pauw , The Presidents’Keepers, qui dévoilaient les liens entre Jacob Zuma et la famille Gupta.

Lors de la présentation du livre, l’irruption d’énergumènes hurlant et arrachant des pages, menaçant l’auteur et son éditeur, a rappelé les heures sombres du fascisme ; les vociférations de Jessie Duarte, secrétaire adjointe de l’ANC, envers les journalistes pour défendre le secrétaire général, ont eu un effet dévastateur dans l’opinion publique, même si devant l’ampleur des dégâts, le principal intéressé a pris ses distances avec la Ligue de la jeunesse de l’ANC de la province du Free State qui se disait prête à brûler les livres !

La défense du droit d’expression et de la démocratie est devenue un enjeu majeur des prochaines élections et Cyril Ramaphosa ne s’y trompe pas. Devant une foule de militants, amis, mais aussi de diplomates, journalistes et personnalités, il s’est exprimé avec la fermeté qu’exige une situation explosive à l’intérieur même de l’ANC : « … Ces cadres dirigeants (formés à l’école OR Tambo de l’ANC ndlt) rejettent toutes formes d’intolérance, toutes formes de dégradation des valeurs et des principes de notre mouvement. Ces cadres, comme nous, dans des termes sans ambiguïté, condamnent les actions de ceux qui font des choses étrangères à notre mouvement. Des choses comme ceux qui perturbent le lancement d’un livre à Johannesburg et qui appellent à brûler des livres… Ce dont nous avons été témoins ces jours derniers n’a rien à voir avec les idées que l’ANC défend, les idées que l’ANC défendra toujours » ». Paroles prononcées devant Ace Mashagule et Jacob Zuma et accueillies sous un tonnerre d’applaudissements.

Si on peut, sans prendre de risques, avancer que l’Anc va encore une fois remporter les prochaines élections, certainement avec un score en forte baisse, il est beaucoup plus difficile de prévoir ce qui va se passer après les élections. La victoire des pro-Ramaphosa et l’espoir d’une « aube nouvelle » contre le clan pro-Zuma sera d’une toute autre nature que de remporter des élections.

Publié le vendredi 12 avril 2019


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