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Big boys don’t cry : violence et virilité en Afrique du Sud

Une vague de folie meurtrière s’est abattue sur les femmes et les enfants ces derniers temps partout en Afrique du Sud. Les compte rendu de ces meurtres d’une violence au delà de toute description posent plusieurs questions à la société africaine, de la persistance du patriarcat à la question de la culture de la violence comme marqueur de la virilité.

Karabo Mokoena, Nonki Smous, Tambai Lerato Moloi, Popi Qwabe, Bongeka Phungula, Mananki Annah Boys, Jeannette Cindi, Sthembile Mdluli, Mavis Mabala, Priska Schalk, Nicola Pienaar, Akhona Njokana, Thapelo Ramorotong, Meisie Molefe, Stasha Arendse, Iyapha Yamile, cette liste de noms n’est que le recensement des cas les plus connus de femmes violées, torturées, assassinées et dont parlent les journaux, les autres iront grossir, anonymes, les chiffres des statistiques.

L’Afrique du Sud peut se vanter d’avoir une constitution qui garantit les mêmes droits à tous ses citoyens quelque soit leur sexe ou leur orientation sexuelle, le mariage pour tous est devenu une routine, les textes, commissions, recommandations des associations qui se battent tous les jours pour que ces textes soient appliqués ne manquent pas. Pourtant l’Afrique du Sud connaît dans des proportions alarmantes meurtres et viols de femmes, d’enfants, de personnes LGBTI.

23 ans de démocratie n’ont pas modifié les comportements et les préjugés. Dans le dernier roman de Kopano Matlwa Period Pains, l ‘héroïne, une jeune femme noire qui réussit des études de médecine, jeune interne, elle sera punie par un viol collectif pour avoir osé prendre la défense des immigrés africains victimes de xénophobie. Personne ne prendra sa défense. Le syndicat des infirmières Denosa, sera pourtant parmi les premiers à condamner les meurtres de ces dernières semaines : « En tant qu’organisation dont la majorité des membres sont des femmes, nous ne pouvons pas rester silencieux quand dans notre société, la vie des femmes devient de plus en plus dangereuse ».

Dans son ouvrage particulièrement éclairant ’Rape : a South African Nightmare , Pumla Dineo Gqola, tout en montrant en quoi le viol nest pas une spécificité sud-africaine, conclut par la particularité du viol et la façon dont il est perçu en Afrique du Sud. La violence masculine érigée en culte de « l’hypermasculinité » est omniprésente dans l’armée et le sport, mais aussi dans la lutte de libération. Sous le colonialisme et l’apartheid, les noirs étaient toute leur vie « des boys » et Nelson Mandela explique dans son autobiographie que sa première lutte à Robben Island a été d’obtenir que les prisonniers portent des pantalons et non pas des shorts comme des petits garçons. Devenir un homme est une affaire de dignité.

Lisa Vetten, une chercheuse sur la notion de genre, fait remarquer que s’attarder sur la violence envers les femmes n’est qu’un aspect du problème de la violence. La violence entre hommes est beaucoup plus importante que les violences des hommes envers les femmes. Elle pose cette question « si les hommes ont cinq fois plus de chance d’être assassinés que les femmes, ne sont-ils pas alors un groupe vulnérable ? ». L’insistance portée sur les violences faites aux femmes peut de manière inconsciente renforcer les stéréotypes comme la notion de « l’homme fort qui doit protéger les femmes ».

Elle pense que la société devrait aussi protéger les hommes vulnérables et qu’il faudrait arrêter d’associer féminité et vulnérabilité. Dans les documents officiels ne met-on pas ensemble « les femmes, les enfants et les handicapés » ? Elle rejoint l’analyse de nombreux chercheurs qui dénoncent la culture « virile »qui prévaut dans les écoles de garçons où on ne dénonce pas les actes violents de peur de passer pour une mauviette et où le principe « big boys don’t cry » est la norme.

Un travail important est fait pour lutter contre le patriarcat, l’homophobie et toutes les formes de violence genrée, mais comme le fait remarquer Treatment Action Campaign, le gouvernement est loin de prendre en compte le travail fait sur le terrain et les recommandations qui en découlent. Comment prendre au sérieux les déclarations du Président, lui-même accusé de viol ? Que dire du peu d’empressement des divers ministères de mettre en place un Plan stratégique national de lutte contre les violences genrées ? .

Publié le mercredi 17 mai 2017


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