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Elections locales sud africaines

Une campagne difficile pour le parti de Nelson Mandela

Point de rupture entre l’ANC et son électorat ou au contraire stabilisation et maintien de son audience, malgré les revers politiques ? Le scrutin, unanimement qualifié de « free & fair » apportera, surement, des réponses. Il est vécu par l’élite sud africaine, comme un sondage à grandeur réelle.

Le scrutin local avait été difficilement conçu dans le débat sur la Constitution. Cela explique qu’il avait fallu plus de six ans après les premières élections démocratiques et multiraciales en avril 1994, pour que le premier vote local soit organisé conformément aux nouvelles réglementations, en décembre 2000. A ce moment là, tout était déjà joué pour l’Afrique du sud et ses citoyens. Le premier mandat de Nelson Mandela avait pris fin, Thabo Mbeki venait d’être élu, l’Afrique du sud n’avait pas explosé dans la violence raciale, la fin du système d’apartheid se présentait comme une réussite, attribuée notamment à la très médiatisée Truth and Réconciliation Commission (TRC).

Ce sentiment très général que les choses avaient été faites et bien faites, explique peut être le désintérêt des Sud africains pour ce scrutin de décembre 2000. Jugé très complexe, critiqué par une partie de l’appareil qui ne voyait pas d’un bon œil la mise en place d’un double pouvoir laissant un espace à des élus indépendants, il avait fait apparaître, notamment, une distorsion entre l’exigence de qualité de ces futurs cadres locaux et le manque de personnel politique à la hauteur pour le mettre en place. La très confortable majorité de l’ANC, en 2000, 2006 et 2011 n’en faisait pas un test politique pour le parti de Nelson Mandela mais plutôt une mesure de sa popularité.

La campagne électorale de ce quatrième scrutin local n’aura pas failli à la règle quand au fond du débat. Jamais on aura aussi peu parlé de la politique locale, de la question du service public, du respect des promesses électorales de 2011. En revanche, le débat a démarré très vite sur des enjeux nationaux. La raison en est, en partie, du fait que la société civile venait de vivre de longues mobilisations dans le secteur étudiant, au cours desquelles l’autorité du président Zuma a été fortement contestée. Le mouvement étudiant qui, à l’origine s’était intitulé sur Internet « #Rhodes must fall » a été très vite détourné en « #Zuma must fall ». Sur fond de reconnaissance, par le président lui même, de détournement de fonds publics pour la construction d’une somptueuse résidence dans son village natal, Nkandla, ainsi que de nombreuses plaintes déposées à son encontre, environ 800 selon une dépêche de l’AFP, l’image présidentielle de Jacob Zuma s’est considérablement effritée dans la société civile, les résultats de ce scrutin permettront d’en mesurer l’impact sur son électorat.

Sur le plan interne, la contestation de la parole présidentielle, comme celle de la direction du parti, s’est dramatiquement manifestée par les éruptions de violences dans le Kwazulu-Natal et à Tshwane (Pretoria) à la publication des listes de candidats. A Tshwane, les éruptions de colères dans la rue ont duré plus de deux semaines et ont couté la vie à cinq personnes. Dans le Kwazulu-Natal, une province toujours marquée par la violence, l’ANC a obtenu la mise en place d’une commission d’enquête sur les dizaines d’assassinats de conseillers ou de candidats des différents partis. Là aussi, des éruptions de violences avaient eu lieu contre les propositions de la direction nationale de nouveaux cadres locaux.

Autre fait marquant de cette campagne électorale : la résurgence d’un discours racial. Alors qu’en 1994, au terme de six années de transition, de négociations, de débats extrêmement tendus, sous la pressions d’actes racistes, soubresauts de la politique d’apartheid, le discours de l’Anc avait été sans équivoque, tourner le dos au passé pour définir une société multiraciale où chacun aurait sa place. Ce qui ne s’était pas fait sans compromis. Alors qu’au cours de cette campagne la référence à l’appartenance à une communauté raciale, quelle qu’elle soit, a été forte et réitérée, le contraste avec 1994 a été frappant, dans la campagne comme dans la société.

Avant que ne soient connus les résultats définitifs de ce scrutin et quels qu’ils soient, l’ANC apparaît comme le principal perdant. La campagne électorale a concentré tous les échecs du parti de Nelson Mandela. La profondeur de ses divisions -une constante de toute son existence-, la perte de son aura d’être l’unique parti de la lutte contre l’apartheid, l’incantation à la fin de la campagne d’être le seul héritier de Nelson Mandela, avaient des accents tragiques. L’intensité du débat électoral a dépassé les objectifs du scrutin. S’y sont engouffrés toutes les frustrations de ces dernières années, les dizaines de milliers de « riots », petits soulèvements dans les townships ruraux comme dans ceux des grandes villes, le massacre de Marikana, la lutte des étudiants et les promesses non respectées, l’atmosphère délétère de corruption, de favoritisme, et le maintien, voire l‘approfondissement, du fossé entre les plus riches et les plus pauvres.

Un bilan que l’ANC a de plus en plus de mal à défendre, minée par l’irréparable rupture de l’alliance gouvernementale, qui en avait fait, jusque là, le grand vainqueur de la sortie de l’apartheid.

Anne Dissez

Publié le jeudi 4 août 2016


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