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Un rhinocéros qui fait toujours parler de lui

Il n’est pas bien gros, il n’est pas bien grand, mais il est en or et il a plus de 700 ans.Le rhinocéros d’or trouvé sur le site de Mabungubwe pourrait devenir la vedette d’une future exposition au British muséum de Londres l’an prochain. Mais à condition que les autorités sud–africaines donnent l’autorisation au précieux animal de quitter sa terre natale.

La statuette en bois recouverte de feuille d’or ne mesure pas plus de 15cm et pèse 42,8grammes, découverte par hasard dans le site de Mapungubwe aujourd’hui inscrit sur la liste du patrimoine de l’humanité de l’Unesco, elle n’a cessé d’être objet de controverse.

Découvert par hasard vers 1930 au cours d’une banale partie de chasse au lion par des colons blancs, le sommet de la colline renfermait des tombes avec des objets précieux, dont le petit rhinocéros. Cette découverte va ébranler les convictions du colonisateur blanc pour qui l’histoire de l’Afrique du Sud commence avec l’arrivée de Jan van Riebeeck en 1652.

Difficile à admettre au temps de l’apartheid, que la colline de Mapungubwe renferme les vestiges d’une civilisation organisée, commerçante et échangeant avec le reste du monde. Les perles de verre trouvées sur le site servaient alors à prouver que la civilisation venait d’ailleurs, mais pas des sauvages bantous !

Et puis, un rhinocéros qui n’a qu’une corne ne peut pas être africain ! Tout le monde sait que les rhinocéros ici ont deux cornes. Oui, mais argumente François-Xavier Fauvelle dans son remarquable livre Le Rhinocéros d’or Histoires du Moyen-Age africain, l’or qui a servi à habiller la statuette de bois qui peut provenir d’ailleurs, a bien été produit localement.

Le rhinocéros d’or est donc bien le symbole d’un riche passé sud-africain. Mais échaudée par le pillage des richesses africaines par des colonisateurs qui n’hésitent pas à réécrire l’histoire à leur avantage, l’université de Pretoria garde le rhinocéros d’or dans une vitrine discrète, loin des regards envieux des anciens pays colonisateurs.

Faut-il expédier le rhinocéros à Londres et montrer ainsi à des milliers de visiteurs que l’Afrique est un continent dont l’histoire est beaucoup plus riche et complexe que ce que les explorateurs et conquérants ont bien voulu nous faire croire ?

« La question fait l’objet de négociations et rien n’a encore été décidé » répond laconiquement le Ministère des Arts et de la Culture et le conservateur de l’Université de Pretoria rappelle : « à cause de l’héritage colonial de l’Afrique du Sud, les gens sont inquiets de voir ces objets quitter le pays ».

Le rhinocéros d’or est pourtant le symbole d’un riche passé et montre, même avec une seule corne, que l’Afrique australe n’était pas une région vide avant l’arrivée des Hollandais. L’ordre de Mapungubwe est devenu la plus haute distinction sud-africaine depuis la présidence de Nelson Mandela et beaucoup plaident pour que le petit rhinocéros d’or soit vu par le plus grand nombre de gens avant qu’un musée digne de ce nom l’accueille sur le site de Mapungubwe.

Il faut lire ou relire l’ouvrage de François Xavier Fauvelle Le Rhinocéros d’or Histoires du Moyen-Age africain Éditions de poche Folio Histoire

Publié le samedi 2 janvier 2016


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