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Les voix des veuves de Marikana

Le 16 août 2012, la police encerclait et chargeait des mineurs en grève rassemblés sur les collines de Marikana, près de la mine de platine de la compagnie minière Lonmin où ils travaillaient. Trente quatre mineurs sont tués. En quelques jours,le monde va prendre connaissance de ce massacre de Marikana.Une commission d’enquête est nommée, mais les veuves des mineurs restées au village se retrouvent sans ressources, sans réponse à leur questions. L’association Khulumani Support Group leur donne la parole et publie leurs dessins et leurs témoignages, traduits et rassemblés dans ce livre



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Le travail de la Commision Farlam devait permettre de répondre aux questions fondamentales : quelle était la menace réelle des hommes massés sur la colline ? Pourquoi la police devait absolument les déloger ce jour-là ? Pourquoi la police était-elle armée de vrais fusils avec de vraies balles au lieu du matériel adapté à la dispersion des foules ? Et pourquoi la police a tiré dans la foule, ce qui n’est dans aucun cas la manière de disperser des manifestants ?

Les familles des mineurs ont accepté d’assister à cette longue procédure dans l’espoir de connaître la vérité sur la mort d’un mari, d’un frère, d’un père dont le salaire faisait vivre la famille. Elles espéraient un peu de vérité, elles n’en auront eu aucune. Elles auront entendu de longues plaidoiries, des mensonges, des excuses, mais rien de solide pour reconstruire leur vie. Le Juge Farlam a remis son rapport au Président Zuma le 31 mars 2015, ce dernier a promis de le rendre public le 30 juin 2015, un délai supplémentaire difficile et douloureux pour les familles.

Sans prévenir les familles à l’avance comme il était prévu, Jacob Zuma a choisi de faire une intervention télévisée le 25 juin pour annoncer la publication du rapport. Près de trois ans après le drame, un document de plus de 600 pages est rendu public pour finalement dire ce que les témoins ont dit depuis longtemps : la police a tiré sur les mineurs pris au piège entre les barbelés qui les encerclaient et les véhicules de la police. Tués comme du gibier.

Le rapport est accablant pour la police, mais il dédouane l’exécutif. Aucun ministre en poste au moment des faits, le Ministre de la police, Nathi Mthethwa, la Ministre des mines, Susan Shabangu , ou le vice président Cyril Ramphosa ne sont mis en cause. Selon les paroles du Président Zuma : « la commission a trouvé que l’exécutif n’a joué aucun rôle dans la décision de mettre en œuvre l’option tactique du 16 août 2012, si les grévistes ne déposaient pas leurs armes, ce qui a conduit à la mort de 34 personnes ».

Riah Phiyega, la cheffe nationale de la police et sa collègue au niveau provincial, Zukiswa Mbombo, qui vient de prendre sa retraite, sont bien désignées comme responsables « du plan tactique » qui consistait à désarmer les mineurs et à tirer en cas de refus. Plus grave encore elles ont menti à la commission en affirmant que la décision de tirer avait été prise devant l’escalade de la situation, alors qu’elle avait été planifié la veille, le 15 août au cours d’une réunion nationale. Le parquet doit déterminer « si elles sont en état de conserver leurs postes et si elles sont coupables d’avoir essayé de tromper la commission ». Le rapport conclut que les opérations de police « ont été mal organisées et que le mauvais commandement des opérations sont la cause de la mort des 34 mineurs ce 16 aout ».

La compagnie Lonmin est aussi accusée d’être restée sourde aux demandes des grévistes, d’avoir refusé de négocier et d’ avoir ordonné la reprise du travail alors que la sécurité n’était pas assurée. Elle est coupable de n’avoir rien fait pour améliorer les conditions de vie des mineurs.

Aucune indemnité n’est prévue, alors que les veuves et les enfants des mineurs tués sont sans ressources comme le montrent les divers récits recueillis par Khulumani Support Group. Dans un communiqué elles ont redit ce qu’elles avaient déjà dit devant la commission. Pour elles il y a trois responsables : Lonmin ; la police et le gouvernement.

« Nous croyons que l’Etat est coupable car son rôle en tant que gouvernement élu démocratiquement était de trouver une résolution pacifique et juste à ce conflit du travail. Il est clair qu’il ne l’a pas fait. Avec Lonmin, ils ont dit que nos chers disparus étaient engagés dans une action criminelle et pas dans un conflit du travail, ils ont pris la décision d’y mettre fin par tous les moyens. Ils étaient bien conscients que la mort découlerait de cette action, mais ils sont allés de l’avant pour mettre fin à la grève par la force. Nous maintenons que toute cette violence et ces morts sont le résultat des décisions prises par Lonmin et le gouvernement ».

L’avant-propos de ce livre rédigé par Jacqueline Dérens, militante anti-apartheid, auteure de plusieurs ouvrages spécialisés sur l’Afrique du Sud, permet de comprendre comment, la jeune démocratie sud-africaine est loin d’en avoir terminé avec les stigmates du passé. Les conditions de travail et l’exploitation des mineurs en est un des exemples le plus cruel.

Plus d'informations : Khulumani Support group

Publié le jeudi 10 septembre 2015


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