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L’Afrique du Sud a-t-elle vraiment besoin de l’énergie nucléaire ?

La question est posée depuis longtemps et pourrait trouver une réponse rapide si le gouvernement décide de lancer son appel d’offres pour la construction de 6 à 8 centrales nucléaires dans les mois prochains. Mais ce n’est pas si simple parce que le projet du gouvernement soulève de nombreuses questions qu’il faudra bien éclaircir pour que le public adhère à un projet de cette envergure.

L’Afrique du Sud a besoin de renouveler son parc vieillissant de centrales électriques et son réseau de distribution mal entretenu, ce qui posent de sérieux problèmes à l’économie du pays. Les industries minières et métallurgiques sont grosses consommatrices d’énergie et les petites et moyennes entreprises souffrent des coupures de courant et délestage qui sont devenus quotidiens. Les consommateurs dans les grandes villes consultent les journaux pour savoir quand et combien de temps leur quartier sera plongé dans le noir.

Les 24 centrales du pays ont toutes au moins 30 ans d’existence et leur entretien n’a pas été à la hauteur, faute de financement. Au mois de janvier 2014, un silo à charbon d’une centrale thermique s’est fissuré entrainant l’arrêt momentané de la production ; dans une autre le générateur est tombé en panne ; en février 2015, un quart de la production générale n’a pas pu être assuré. Le système est à bout de souffle et se trouve dans l’incapacité d’avoir un surplus de production nécessaire pour faire face à une demande exceptionnelle.

La construction des centrales à charbon de Medupi et Kosile va de déboire en déboire et en décembre 2014, seule une tranche d’une puissance de 600 MK a été mise en activité. Conçue en 2007, d’une puissance totale de 4800 MW, Medupi n’est toujours pas en pleine activité. Grèves des ouvriers du bâtiment, défaut de fabrication des chaudières fournies par Hitachi, défaut des systèmes de contrôle fournis par Alstom, accumulent les retards. Le projet devait à l’origine coûter la déjà coquette somme de 87 milliards de rands. Pour financer ce gigantesque projet, l’Afrique du Sud a emprunté 3,75 milliards de dollars auprès de la Banque mondiale, le premier emprunt international depuis la fin de l’apartheid. Quand Medupi entrera en pleine activité la note va se monter à 105 milliards de rands.

Le gaz va graduellement être utilisé dans les centrales au diesel qui fonctionnent pour un coût exorbitant. Le gaz sera importé du Mozambique qui dispose d’importants gisements. L’Afrique du Sud envisage aussi d’exploiter les vastes réserves de gaz de schiste du Karoo, une région subdésertique à la flore et à la faune uniques au monde et aux paysages exceptionnels. Les fermiers et éleveurs de moutons qui donnent une viande renommée et une laine mohair de grande qualité sont vent debout contre le projet.

Le choix de l’énergie nucléaire trouve aussi une place dans la palette de la politique énergétique du pays. L’Afrique du Sud dispose déjà d’une centrale nucléaire, la centrale de Koeberg, construite au temps de l’apartheid avec l’aide des pays occidentaux, en particulier la France et Framatome, l’ancêtre d’Areva qui a obtenu le marché pour sa maintenance, choix qui a soulevé la colère des autres entreprises qui convoitaient le marché.

Le gouvernement à l’intention de doter le pays d’une capacité de 9600 MW, produite par des centrales nucléaires. Il s’agit de construire pas moins de six à huit centrales nucléaires, le plus rapidement possible pour faire face à la crise énergétique. Personne ne sait où le pays trouvera l’argent pour ce gigantesque programme, mais cinq pays sont déjà sur les rangs : les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Russie, la France et la Chine.

Le Président Zuma avait promis que les appels d’offres seraient clairs et transparents, mais son voyage éclair à Moscou en septembre 2014 où il aurait déjà promis le marché à son homologue, Vladimir Poutine, alimentent controverses et spéculations. Les deux pays auraient signé un protocole d’accord, toujours soumis à discussion, pour la construction de six à huit centrales d’une puissance totale de 9600 mégawatts. La compagnie russe Rosatom devrait construire et mettre les centrales en fonction pour la coquette somme d’un trillion de rands ! Une garantie de 20 ans est comprise dans le prix. Selon le quotidien Mail & Guardian, en faisant le choix de négociations bilatérales de gouvernement à gouvernement, le débat « clair et transparent » risque fort de se faire derrière les portes capitonnées des bureaucrates. Ni Eskom, ni l’Assemblé nationale n’auront leur mot à dire sur les décisions prises par le gouvernement, ce qui est contraire à la section 217 de la Constitution sud-africaine.

Le débat sur l’opportunité de construire ces centrales nucléaires a repris de plus belle ces derniers temps avec le discours fracassant d’un anti nucléaire russe, Vladimir Slivyak, du groupe de défense de l’environnement russe Ecodefense, qui a pris la parole au cours d’un séminaire tenu à l’université de Johannesburg et intitulé « Les réacteurs nucléaires russes sont-ils une solution viable pour la crise énergétique sud africaine ? »

Victor Slivyak a parlé franc : « le nucléaire n’est pas une technologie pour l’avenir. C’est une technologie du passé , du temps de la Guerre froide ». Il lui a été facile de montrer que le nucléaire russe n’est pas sans danger étant donné le nombre élevé d’incidents relevés par le régulateur d’état Rostekhnadzor : 39 incidents au cours de l’année 2013. Les 34 réacteurs en activité ont une durée d’existence de de 30 ans, mais celle-ci a été prolongée de 15 ans. Le programme russe pour la construction de nouvelles centrales a été réduit et la Russie tend à diversifier l’origine de son énergie, le nucléaire ne comptant plus que pour 5%.

Pour l’Afrique du Sud, comme pour tous les pays ayant fait le choix de l’énergie nucléaire, les plus gros problèmes à résoudre sont ceux du démantèlement des centrales en fin de vie et le stockage des déchets. En dépit de l’affirmation de la ministre de l’énergie Tina Joemat-Pettersson que le débat sur l’énergie nucléaire avait assez duré et qu’il fallait maintenant passer à l’action, la commission parlementaire sur l’énergie, présidé par Fikele Majola, un député de l’ANC, a bien l’intention de continuer le débat, car prendre une décision aussi importante ne peut pas se faire dans le secret. « Le gouvernement ne peut pas procéder secrètement. Si nous ouvrons le débat, nous pourrons convaincre les gens de sa nécessité et au moins il y aura eu un débat...A cause de ces secrets, les gens disent que ce marché pue ». Il sait de quoi il parle, l’Afrique du Sud alignant scandale après scandale, les pots de vin ont rempli à ras bord la barrique de la corruption !

Legal Resources Centre, a demandé au nom de l’association de défense de l’environnement Earthlife Africa, a être entendu par la commission parlementaire et demande des explications sur les accords concernant l’énergie nucléaire qui ont été signés l’an dernier. Le porte-parole du parti d’opposition, l’Alliance démocratique, DA, Gordon Mackay a accueilli avec satisfaction le fait que la commission parlementaire entende la Ministre de l’énergie s’expliquer sur le choix, la faisabilité et le coût d’un programme aussi ambitieux. Le DA n’est pas contre l’énergie nucléaire et accepte que celle-ci fasse partie du programme énergétique du pays, toutefois « nous (le DA) avons de sérieuses inquiétudes sur l’impact de ce nouveau programme sur une économie fragile et la probabilité que le coût de l’énergie nucléaire écarte les pauvres de l’accès à l’électricité. C’est pour cela que les coûts doivent être sérieusement établis avant de lancer le processus d’achat ».

Le COSATU, Congrès des syndicats sud-africains, allié de l’ANC dans l’Alliance tripartite, a émis de très fortes réserves sur l’achat de 6 à 8 centrales nucléaires pour la somme astronomique d’un trillion de rands, somme qui sera payée par le contribuable.

La première remarque du Cosatu concernant l’introduction de l’énergie nucléaire concerne le coût élevé de la production d’énergie nucléaire. « De nombreux rapports ont montré que l’énergie nucléaire est deux à quatre fois plus élevée que l’électricité produite à partir des énergies fossiles, sans compter le traitement des déchets et le démantèlement des centrales en fin de vie »

Le deuxième souci du COSATU concerne le chômage qui frappe le pays. Plus de 8 millions de Sud-Africains sont sans emploi et selon le centrale syndicale « l’introduction de l’énergie nucléaire n’aura que peu d’impact pour la résolution de la crise d’emploi ».La pénurie de main d’œuvre qualifiée et de techniciens obligera le pays à avoir recours à du personnel étranger pour la maintenance des centrales.

L’autre préoccupation du Cosatu est l’impact sur la santé et l’environnement et « ces dangers touchent particulièrement la classe ouvrière. Des ouvriers qui travaillaient sur le site nucléaire de Pelindaba et des habitants proches du complexe souffrent de maladies dues aux radiations ». Le Legal Ressource Centre a été saisi de nombreux cas .

Le dernier point soulevé par le Cosatu concerne les émissions de gaz à effets de serre. Le pays est déjà le premier pollueur du continent africain et le 12ème au niveau mondial. Selon Earthlife « le cycle de l’extraction de l’uranium relâche 2 à 4 fois plus de carbone par unité d’énergie produite que les énergies renouvelables ».

Pour le Cosatu la conclusion est évidente « l’introduction de l’énergie nucléaire aura des effets socio-économique négatifs . De notre point de vue, le gouvernement devrait donnait la priorité aux énergies moins coûteuses et permettant un développement durable. L’investissement dans les énergies renouvelables qui sont plus sûres et moins chères sont aussi plus propices à la création d’emplois peu qualifiés ».

Le débat ne fait donc que commencer et promet bien des rebondissements avant que l’Afrique du Sud trouve la bonne solution à ses besoins de développement et à la protection de son environnement et la santé de ses habitants.

http://www.polity.org.za/article/da... http://cosatu.co.za

- .

Plus d'informations : Cosatu Today

Publié le lundi 10 août 2015


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