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Afrique du Sud : xénophobie, à qui la faute ?

La vague de violence contre les étrangers africains qui a fait sept morts, des centaines de blessés, des centaines de réfugiés dans des camps de fortune et provoquer le retour en catastrophe de nombreux ressortissants étrangers dans leur pays a des raisons complexes et profondes. Les commentaires, analyses et opinions publiées dans la presse essaient de donner une grille de lecture de ces événements tragiques.

Les responsables politiques ont mis du temps avant de réagir et certains ont eu une attitude très distante par rapport à ces événements. Le roi des Zoulous au cours de sa prestation publique devant ses partisans qui arboraient leurs armes traditionnelles, n’a pas prononcé d’excuses pour ses propos qui ont provoqué l’embrasement d’un feu qui couvait depuis longtemps. Il s’est contenté de dire que ses propos avaient été mal interprétés et que tout cela était l’œuvre « d’une troisième force » sans plus de précisions.

Si trois ministres ont été dépêchés à Durban dès le début des incidents, rien n’avait été fait pour désamorcer un conflit du travail où des travailleurs migrants avaient été embauchés pour remplacer des travailleurs en grève quelques jours avant. Dans un pays où l’emploi et le chômage sont des sujets hypersensibles, laisser des travailleurs étrangers remplacer des travailleurs locaux licenciés ne pouvait qu’attiser le brasier social.

Accuser les médias de donner une image trop négative de l’Afrique du Sud, comme l’a fait le Président Zuma, c’est encore trouver un supposé coupable pour éviter de regarder franchement le problème en face et s’efforcer d’y trouver des solutions. Le Président voudrait des médias « plus patriotiques », qui ne montrent pas les mauvaises choses qui se passent dans le pays. Cacher la vérité n’écarte pas les dangers.

Georges Bizos, un vétéran de la lutte anti apartheid, dans une conférence à l’université de Witwatersrand, a dénoncé et déploré la corruption qui ravage tout le pays ‘a un niveau aussi élevé », et d’appeler de ses voeux pour son pays « un leadership fort qui nous montre le chemin dans ces temps difficiles. Nous attendons de nos dirigeants, à tous les niveaux du gouvernement, qu’ils nous disent quels sont les projets mis en place pour combattre avec efficacité la pauvreté, le manque de moyens pour la santé, le logement, l’éducation…Mais nous attendons encore ».

Les problèmes économiques sont des facteurs majeurs de ce déclenchement de violence contre les étrangers accusés à tort de voler les emplois, d’être mieux traités que les Sud-africains, mais ils ne sont pas les seuls. Cette violence plonge aussi ses racines dans un passé mal assumé qui fait douter de l’identité sud-africaine. Qui est sud-africain dans un pays qui se vante de la multiplicité des origines et des cultures de ses citoyens « unis dans notre diversité » comme le dit la Constitution ?

Le vandalisme à l’encontre des statues de personnages incarnant la colonisation et le pouvoir blanc montre à quel point l’histoire du pays est loin d’être assumée. La chute des symboles de la colonisation n’est pas la garantie de la construction d’une identité forte et clairement assumée alors que cette colonisation a pendant près de quatre siècles déshumaniser la population non-blanche.

L’aura qui a entouré le pays de Mandela a crée un sentiment de supériorité qui ne résiste pas devant les échecs économiques. Le nationalisme sud-africain récent ne supporte pas la réussite de l’Autre, surtout si cet Autre est Africain. Ceux qui fuient la pauvreté ou les guerres dans leur pays ont la détermination de réussir, font tout pour réussir et ils y parviennent souvent. Le terme afrophobie forgé pour nommer cette hostilité haineuse des sud-africains noirs envers d’autres africains n’est rien d’autre que la haine de l’Autre, la haine de l’étranger pour cacher la haine de soi devant ses propres faiblesses.

Après un moment d’hésitation et devant l’expression spontanée de milliers de Sud-africains pour dire non à la xénophobie, devant l’horreur exprimée par les pays voisins qui avaient offert asile et aide aux militants en lutte contre l’apartheid, après la lettre ouverte au Président Zuma de l’écrivain mozambicain Mia Couto qui rappelle que la richesse sud-africaine doit beaucoup à l’exploitation des travailleurs migrants. «  Pendant des siècles, les migrants venus du Mozambique ont travaillé comme mineurs ou paysans dans des conditions proches de l’esclavage en Afrique du Sud. Ces travailleurs ont aidé à construire l’économie sud-africaine. Il n’y a pas dans votre pays une seule richesse qui ne porte la contribution de ceux qui sont aujourd’hui la cible des attaques », le gouvernement semble prêt à prendre des mesures.

Dans sa réponse à la lettre ouverte de Mia Couto, le Président Zuma annonce que des consultations sont engagées avec tous les secteurs de la société sud-africaine, du monde des affaires aux dirigeants religieux, que la politique migratoire va être revue à la lumière des derniers événements et que la coopération avec les pays africains est indispensable pour trouver des solutions communes à la question des migrations et du développement.

Il serait en effet naïf de croire que la question des migrations est seulement un problème sud-africain. Les naufrages meurtriers en mer Méditerranée montrent tragiquement que rien ne peut empêcher un homme ou une femme d’aller chercher ailleurs une vie meilleure, réelle ou imaginaire. A l’heure de la globalisation et de ses effets les plus choquants, il n’est pas inutile de rappeler l’expression de l’économiste Guy Standing qui qualifie les migrants « d’infanterie légère du capitalisme mondial », ce précariat qui fait peur.

Guy Standing : Précariat - la nouvelle classe dangereuse

Publié le dimanche 26 avril 2015


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