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Domestiques en Afrique du Sud : toujours exploitées, toujours mal payées

En vingt ans de démocratie, les domestiques auraient pu espérer voir leurs conditions de vie s’améliorer, leur rôle social et économique reconnu à sa juste valeur. En dépit de quelques avancées au plan légal pour la reconnaissance de leurs droits, le constat est sans appel : toujours exploitées et mal payées par leurs employeurs blancs ou noirs.

La nounou, la cuisinière, la bonne, la femme de ménage : un personnage central dans la vie de tous les Sud-Africains. Ce n’est pas pour rien que l’artiste Maria Sibande a fait de Sophie, la bonne noire au tablier blanc impeccable, royale dans les flots de sa robe indigo, son alter ego. Hommage à sa mère, à sa grand-mère, aux femmes noires d’Afrique du Sud qui pour nourrir leur famille allaient travailler comme domestiques dans une famille blanche.

Si le temps est révolu de la domestique sans aucun droit grâce à une législation nouvelle, la mise en œuvre est difficile. Sur 1,25 million de domestiques seulement 663 331 sont enregistrées selon les statistiques du Ministère du travail. Pourtant les patrons ont l’obligation de déclarer leur personnel de maison sous peine d’une amende.

Au cours d’un entretien avec South African Civil Society Information Service, Myrtle Witbooi, la secrétaire générale du syndicat des domestiques (SADSAWU) explique que le travail domestique n’est toujours pas considéré comme « un vrai travail » et que les patrons ne voient pas pourquoi une personne qui fait le ménage, la cuisine, le repassage et s’occupe des enfants quand eux partent travailler « pour un vrai travail » pourrait revendiquer quoi que ce soit.

Si la domestique vit chez son patron, elle doit toujours être disponible car la vieille ficelle de « la domestique qui fait partie de la famille » est toujours utilisée pour obtenir des services non rémunérés, tard le soir ou le dimanche ou n ‘importe quand. Travailler pour une famille ou faire partie de la famille sont encore des notions dont les contours sont floues aussi bien dans la tête des patrons que des domestiques.

Le salaire moyen d’une domestique est de 1877 rands en zone urbaine, de 1618 rands en zone rurale pour des journées de travail de 9 heures au moins. Les domestiques ne sont pas protégées en cas d’accident : chute, brûlures, etc. et si elles ne peuvent pas travailler, elles ne touchent ni salaire, ni indemnités. L’emploi quotidien de produits chimiques, détergents et autres agents nettoyants peuvent provoquer des maladies de la peau ou des allergies, mais elles ne sont pas considérées comme des maladies professionnelles.

Le gouvernement veut mettre en place une nouvelle législation, Coida, la loi sur les indemnités en cas de maladies et accidents du travail, applicable aussi aux domestiques. Cette loi est l’aboutissement d’ une des luttes menées par le syndicat des domestiques, avec celle pour un salaire « qui permette de vivre », c’est–à-dire d’acheter les produits alimentaires nécessaires, de payer les transports, les frais de scolarité des enfants, etc. Cette exigence pour « a living salary » est valable pour tous les travailleurs dont les salaires arrivent tout juste à faire d’eux des travailleurs pauvres.

Les domestiques aujourd’hui ne travaillent pas que pour des patrons blancs, la nouvelle bourgeoisie noire a aussi ses domestiques noires. Les conditions de travail et les salaires ne sont pas meilleurs dans ces familles noires. Il n’y a pas eu de changement, seulement une reproduction de la forme d’exploitation la plus insidieuse, celle de la bonne noire par sa Madame noire.

Myrtle Witbooi résume bien la tâche énorme qu’il reste à faire pour que les relations changent entre la patronne et la domestique : « Pour que cela change pour nous, il faut que ça commence à changer dans la maison où je travaille. Il faut du respect entre moi et ma patronne. Il faut de la compréhension entre moi et ma patronne. S’il n’y en a pas, les lois sur le travail peuvent être votées, les inspecteurs du travail peuvent venir, si ma patronne n’a pas l’intention de les respecter, ça ne marchera pas pour moi ».

Pour en savoir plus : Jacklin Cock Maids and Madams, A Study in the Politics of Exploitation 1980 Raven Press Shireen Ally : From Servants to Workers :South African Domestic Workers and the Democratic State Cornell Unversity Press 2009 Sacsis Overworked , Underpaid and in your house www.sacsis.org.za

Plus d'informations : sacsis

Publié le lundi 15 septembre 2014


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