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Le chômage des jeunes prétexte à un affrontement politique dans les rues de Johannesburg

Le parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA) n’a pas hésité à recourir aux bonnes vieilles méthodes pour faire entendre ses revendications : marcher dans les rues pour dénoncer la position du Cosatu en ce qui concerne l’emploi des jeunes. Mais derrière ce prétexte le DA veut conquérir l’électorat noir et le Cosatu veut avancer ses pions pour la succession de Jacob Zuma.

Comme au bon vieux temps, les rues de Johannesburg ont résonné des insultes racistes, des jets de pierre entre manifestants des deux bords. Les manifestants du parti d’opposition DA arboraient des Tshirts bleus, ceux du Cosatu des Tshirts rouges, les uns représentaient « les forces du capital blanc », les autres « la classe ouvrière noire pauvre ». Les vieux refrains reviennent à la mémoire et les symboles persistent et signent.

L’enjeu de cette bataille rangée est pourtant très sérieuse. Comment trouver des solutions à l’emploi des jeunes en particulier, et du chômage en général qui minent la société sud-africaine ? Le gouvernement a prévu un plan d’incitation à l’embauche des jeunes sur trois ans en accordant des subventions aux entreprises qui embaucheront des jeunes.

Mais au cours des discussions entre le gouvernement et les partenaires sociaux, syndicats et patronat, le Cosatu a objecté que le risque était grand de voir les patrons préférer employer des jeunes au rabais plutôt que des travailleurs expérimentés qu’il faut payer plus cher. Ce plan ne ferait donc que déplacer le problème sans résoudre la question de la création d’emplois et de la diminution du chômage et le plan qui devait entrer en vigueur au mois d’avril a été suspendu. Pour calmer le jeu, le Président Zuma a répondu à une question de la députée DA Lindiwe Mazibuko en précisant que « …les entreprises auront accès à ces incitations financières seulement si elles créent des emplois supplémentaires pour les jeunes sans expérience … ». Le Cosatu a beau jeu de rétorquer que le gouvernement n’a pas les moyens de faire respecter ce principe.

Le Cosatu mène bataille sur plusieurs fronts à la fois pour défendre les travailleurs d’une politique néolibérale néfaste. La campagne qu’il mène contre le travail précaire et temporaire est de même nature que celle contre l’emploi des jeunes à coup de subventions pour le patronat, tout comme celle contre la flexibilité du travail qui n’est rien d’autre qu’une attaque contre les droits des travailleurs. En qualifiant la marche du DA d’une « déclaration de guerre à la classe ouvrière »le Cosatu a désigné l’ennemi : le capital blanc.

Le Cosatu n’est pas le seul à démasquer la manoeuvre du DA, le porte parole de l’Anc a fait remarquer dans une déclaration que le Cosatu est une fédération de travailleurs qui « n’a aucune autorité légale en ce qui concerne la mise en œuvre de la politique gouvernementale » et que le DA se trompe donc de porte en attaquant les syndicats. Et de dire aussi au DA que s’il voulait s’adresser aux pauvres, il lui fallait accorder ses paroles et ses actes.

Steven Friedman, directeur du Centre des études sur la démocratie, est aussi très clair dans son analyse de l’affrontement DA contre Cosatu : « nous avons ici une véritable agression intellectuelle et idéologique contre le mouvement ouvrier … en demandant que les loi sur le travail soient modifiées, c’est une attaque en règle contre le syndicalisme dans notre pays » et de conclure « je ne pense pas que l’on devrait tomber dans le panneau de l’emploi pour les jeunes ».

Christopher Malikane , professeur d’économie, démontre que prétendre que la cause du chômage est la faute des salaires trop élevés en s’appuyant sur des statistiques globales qui ne tiennent pas compte de la réalité des inégalités entre salariés blancs et salariés noirs est une manipulation grossière. Si la moitié des salariés blancs gagnent plus de 9500 rands par mois, la moitié des travailleurs noirs gagnent moins de 2167 rands par mois.

C’est cette réalité des inégalités que le Cosatu combat en exigeant des solutions qui permettraient de rompre avec la politique économique néolibérale du gouvernement. En demandant l’interdiction du travail précaire, l’annulation du péage autoroutier et en s’opposant à des emplois sous payés pour les jeunes, le Cosatu se positionne clairement contre ceux de ses alliés qui sont prêts à céder aux sirènes du capitalisme blanc et jalonne ainsi sa route pour la conférence nationale de l’Anc qui désignera la nouvelle équipe dirigeante. Pour le parti d’opposition descendre dans la rue pour défendre les pauvres c’est espérer séduire les électeurs noirs et espérer gagner la direction d’autres provinces comme le Gauteng, voire même la Cap oriental, fief historique de l’Anc.

L’emploi des jeunes semble bien être « un rideau de fumée » qui cachent les ambitions des uns et des autres qui seront au cœur de la bataille politique à venir dans les prochains mois.

Plus d'informations : cosatu Media Monitor

Publié le jeudi 17 mai 2012


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