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Nationalisations pour ou contre, le débat fait rage en Afrique du Sud

Depuis le dernier congrès de la Ligue de la jeunesse de l’Anc et la fracassante déclaration de son président pour nationaliser les mines, les banques et la terre sans indemnités, pas un jour ne passe sans commentaire dans la presse sur la validité de cette proposition. Mais ce qui est remarquable dans ces opinions et commentaires est la constante remarque que les vrais problèmes à résoudre pour l’Afrique du Sud sont la pauvreté et l’inégalité des revenus.

Nationaliser ne semble pas la réponse la meilleure pour sortir la majorité de la population de la pauvreté qui perdure malgré les changements démocratiques intervenus depuis 1994. La direction de l’Anc a d’ailleurs pris ses distances avec les déclarations de la Ligue de la jeunesse et s’en tient à la politique définie par son dernier congrès à Polokwane.

Nationaliser n’est pas forcément le remède miracle pour lutter contre la pauvreté et les inégalités qui rongent la société sud-africaine depuis la colonisation et le régime d’apartheid. Cet héritage pèse lourd et personne ne conteste ces chiffres monstrueux : 65% des Sud-Africains vivent avec moins de 550 rands par mois (environ 55 euros) et 12% n’ont pour survivre que 15 euros par mois, la moitié des adultes en âge de travailler sont au chômage, mais les 10% des plus riches ont des revenus dépassant les 90% de la totalité des revenus du reste de la population. Les plus pauvres sont toujours les Noirs et cette distribution inégalitaire et stupéfiante des revenus est unique au monde.

Le danger qui menace la société sud-africaine est cette situation d’extrême inégalité qui est un véritable baril de poudre qui peut exploser à tous moments. Ce constat de péril imminent est fait par les responsables syndicaux, politiques et économiques. Jouer du sentiment de frustration des plus démunis est une arme populiste, démagogue et dangereuse et l’incantation à la nationalisation a peu de chance d’être la solution miracle.

Les obstacles à des nationalisations brutales comme le préconise la Ligue de la jeunesse de l’Anc sont multiples. Nationaliser sans compensation est contraire à la Constitution qui garantit le droit de propriété, si des compensations financières sont accordées qui paiera ? Nationaliser veut dire aussi se priver de rentrées fiscales, or les mines, les banques, l’agriculture sont les secteurs économiques sud-africains qui remplissent les caisses de l’état et qui investissent, même si on considère que ces secteurs pourraient faire plus. Nationaliser veut dire avoir des personnes compétentes à tous les niveaux pour gérer au mieux ces nationalisations. Or un des héritages le plus dramatique de l’apartheid est le manque de personnel qualifié. L’éducation bantoue a certainement été la blessure faite à la population noire qui reste la plus douloureuse et dont la guérison ne peut être espérée qu’avec une transformation radicale du système éducatif.

Le gouvernement a pris la mesure de ce besoin urgent de formation et un accord vient d’être signé entre le gouvernement, les syndicats et le patronat pour former 50 000 personnes. Cet accord est le premier acte concret de la politique du New Growth Path qui vise à la création de 5 millions d’emplois d’ici 2020. L’accord vise à améliorer aussi le système éducatif primaire car comme le fait remarquer le dirigeant syndical Z.Vavi le dysfonctionnement du système éducatif « condamne des milliers de travailleurs au chômage sans espoir de sortir de ce trou noir ».

La vrai question est de trouver des solutions à court, moyen et long terme pour redresser cette situation insoutenable et faire en sorte que la ligne de partage entre pauvres et riches ne reste pas immuablement tracée selon le clivage racial noir/ blanc.

Transformer l’économie sud-africaine exige plus que des recettes simplistes mais une analyse et une prise en compte de tout l’héritage du passé, par tous les acteurs de la vie économique et politique du pays. L’idée d’une Codesa économique, à l’image de la Codesa politique des années 1990-93, est mise en avant, une convention nationale pour échanger, confronter les idées et finir par trouver un consensus permettant de sortir de cette situation explosive.

Les Sud-africains sont riches d’une culture du dialogue et de la confrontation d’idées et tous ont le sentiment qu’il faut trouver rapidement des solutions à la question de la pauvreté et des inégalités avant que les discours populistes et démagogues ne mettent le feu aux poudres.

Plus d'informations : cosatu Media Monitor

Publié le dimanche 17 juillet 2011


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