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Comment construire une Afrique du Sud non-raciale ?

La question du racisme affleure dans de nombreux commentaires sur les dernières élections du pays où encore une fois les électeurs ont voté majoritairement selon des critères raciaux. Zwelinzima Vavi, secrétaire général du Cosatu, invité à prendre la parole à un symposium organisé par la Fondation Ahmed Kathadra, a mis en lumière les difficultés actuelles de l’Anc pour construire une société non-raciale et plus juste conforme aux idéaux de la Charte de la Liberté.

Après un bref rappel de sa propre histoire, fils d’un mineur devenu ouvrier agricole et d’une cuisinière, il ne connaît pas exactement sa date de naissance, Vavi a vécu l’humiliation d’un régime raciste. Pourtant la Charte de la liberté a ouvert la voie vers la réconciliation entre les opprimés et les oppresseurs.

Après la victoire politique écrasante de l’Anc il y a dix sept, les inégalités et les injustices héritées du colonialisme et du régime d’apartheid perdurent alors que la réconciliation n’a jamais voulu dire le maintien du statu quo et que les opprimés acceptent cet héritage.

Le bilan pourtant montre que les inégalités sont pires qu’au temps de l’apartheid. Le chômage des Blancs est de 5,5%, celui des Noirs de 28,1% ; à qualification égale un Blanc a 30% de chance de plus de trouver un emploi qu’un Noir et un jeune noir à 90% de chance de se retrouver sans emploi.

Le contrôle de l’économie reflète toujours les mêmes distinctions entre les races. Les hommes et les femmes banches se retrouvent à 62% à la direction des grandes entreprises. Les Blancs gagnent huit fois plus que les Noirs : un homme noir gagne en moyenne 2400 rands par mois, un homme blanc 19 000 rands.

Les conditions de vie suivent les mêmes lignes de partage dans l’accès au logement, à la santé, à l’éducation. 9% des Noirs ont une assurance maladie pour 74% des Blancs, ce qui fait qu’en 2009 l’espérance de vie pour un Blanc est de 71ans, pour un Noir de 48ans, soit un écart de 23 ans. Plus de 80% des familles blanches vivent dans des maisons d’au moins six pièces contre 75% pour les familles indiennes,42% pour les familles métisses et 28% pour les familles noires et 21% de ces dernières s’entassent dans une seule pièce.

L’éducation donne une image criante des inégalités qui persistent. Pour les élèves blancs, la réussite au « matric », l’équivalent du baccalauréat, est de 97%, pour les élèves noirs seulement de 43%. Bien que le nombre d’étudiants noirs soit bien supérieur à celui des étudiants blancs, métis ou indiens, la réussite aux examens, le choix des études est toujours lié à l’origine raciale.

Pour le militant syndical, cet énorme écart entre pauvres et riches, aggravé par la division raciale noir-blanc, est « une bombe à retardement » qui menace la société sud-africaine. Les jeunes noirs qui sont les principales victimes des ces injustices de classes et de races peuvent à tout moment être à l’initiative d’une explosion sociale, exaspérés « de constater que de l’autre côté de la rue l’herbe est plus verte ».

Comment résoudre cette contradiction et construire un pays plus égalitaire et non racial ? D’abord en refusant ce statu quo mortifère qui n’a rien à voir avec la réconciliation.

Le pays a besoin d’une nouvelle voie vers la croissance qui mettra fin à l ‘héritage colonial en cassant les vieilles structures économiques. Mettre fin à la concentration du pouvoir économique dans les mains de quelques-uns, mettre fin à la dépendance du pays à la production de matières premières minérales au lieu de se contenter du slogan néo libérale qui voudrait que la croissance soit le remède miracle pour corriger des siècles d’injustice.

La politique de discrimination positive est essentielle au processus de réconciliation mais elle ne peut pas se contenter d’enrichir quelques individus et condamner la masse des laissés pour compte au chômage et à la pauvreté.

La réforme agraire est le bon exemple des contradictions à résoudre. On ne peut pas accepter que la terre appartienne aux seuls grands fermiers blancs, mais on ne peut pas redistribuer des terres sans donner aux nouveaux propriétaires noirs la formation, les compétences, les moyens financiers d’exploiter ces terres. Sinon on met en danger la sécurité alimentaire et un pan essentiel de l’économie sud-africaine.

Pour une véritable réconciliation et une véritable reconstruction du pays sur des bases plus égalitaires, il faut que la population blanche accepte de voir que ces inégalités ne sont pas supportables à long terme et que la population noire reconnaisse que la minorité blanche est plus éduquée et plus qualifiée à cause de l’histoire du pays. La diversité du pays est un avantage si elle travaille pour le bien commun, un désastre commun si elle ne le fait.

Bien évidemment, c’est la population noire qui a souffert et continue à souffrir du racisme et « le racisme et la réconciliation sont comme l’huile et l’eau, elles ne se mélangent pas ». Si le désespoir des plus pauvres aboutit à l’émergence d’un nationalisme raciste arrogant le pays court à la catastrophe.

La seule voie pour construire une Afrique du sud véritablement non raciale est de revenir à La Charte de la Liberté qui déclarait « la richesse de notre pays, l’héritage des Sud-Africains, doit être rendue au peuple ».

Plus d'informations : cosatu Media Monitor

Publié le dimanche 29 mai 2011


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