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Avant et après l’apartheid : la malédiction du viol

« J’avais 14 ans quand tout a commencé. Nous vivions dans une ferme près de Tom Burke, à la frontière du Botswana et j’allais à l’école du coin. Un après-midi en revenant de l’école, j’ai vu la voiture du fermier garée dans le bush. Il m’a appelée et m’a dit de le suivre. »

Quand j’ai refusé, il m’a menacé avec un revolver et il m’a dit « je veux faire l’amour avec toi ». Il m’a dit de m’allonger sur le sol et puis il m’a violée. J’étais terrifiée. Je ne savais pas où aller pour avoir de l’aide. Après, cela est arrivé presque tous les après-midi. Il m’a dit qu’il me tuerait si je le disais à sa femme ou au père de sa femme. Je ne pouvais rien dire à mes parents. Je savais que si je le disais à mon père, il serait renvoyé et toute la famille allait souffrir. Mon père avait besoin de son travail pour nous nourrir. J’ai décidé d’endurer ces souffrances. Cela a été une expérience cruelle et je ne voulais en parler à personne, même pas à ma mère. Je pensais que personne ne me croirait parce que c’était un homme respectable et tout le monde l’appelait « baas ». J’étais vierge quand il m’a violée. Je ne sais pas combien de fois il l’a fait. Je lui ai dit que cela faisait mal, mais il s’en fichait. Je suis devenue taciturne et j’avais honte ; je ne jouais plus avec mes camarades parce que je pensais qu’ils savaient ce qui m’était arrivé. Mes fesses me faisaient mal et je ne pouvais pas marcher correctement. Si ma mère m’avait demandé pourquoi je boitais je lui aurais dit que je m’étais fait mal au pied en jouant au volley-ball. Cet homme aurait pu être mon père, mais mes pleurs ne lui faisaient rien. Chaque après-midi, il me traînait dans le bush et me forçait à m’allonger. J’avais cela en horreur, mais je n’avais pas le choix. Je voulais m’enfuir, mais je ne savais pas où aller. Un an plus tard, j’étais enceinte. Je savais que mes parents allaient le découvrir. J’ai dit au fermier que j’étais enceinte. Il m’a dit de ne pas dire à mes parents qu’il était le père, qu’il paierait mes frais de scolarité et qu’il paierait pour l’entretien de l’enfant. Il m’a supplié de ne rien dire à sa femme parce qu’elle le quitterait. Au bout de huit mois de grossesse, mes parents ont eu des soupçons. Je vomissais et ma mère m’a demandé pourquoi. Et puis j’ai dit à mes parents et ma communauté pourquoi « j’avais couché avec un homme blanc ».

J’ai dit à mon père comment son patron m’avait violée et avait menacé de me tuer. Mon père s’est mis en colère et été voir le patron. Il a été aussitôt mis à la porte de l’exploitation. Je ne pouvais pas affronter notre communauté et lui faire comprendre que cela n’était pas de ma faute. Nous avons dû quitter la ferme et peu après j’ai donné naissance à une petite fille. Nous sommes allés vivre dans un petit village. Après la naissance de ma fille, tout le village était en émoi. Je ne pouvais pas la promener, je devais la garder à la maison. J’étais malheureuse parce que les gens se moquaient de moi et disaient que tout cela était ma faute. Les gens disaient que c’était un malheur que de donner naissance à un enfant blanc. Même aujourd’hui ils se moquent de moi et de ma fille. Les tourments de la mère suivent l’enfant qui est grande maintenant et qui dit elle aussi « c’est dur de grandir dans un petit village. Mes camarades se moquent de moi et m’appelle « la fille blanche » . J’ai 15 ans, j’essaie de leur expliquer que ce n’est pas ma faute, mais ils continuent. Je ne peux pas leur expliquer que ma mère a été violée par un homme blanc. Je pleure tout le temps. Personne ne m’aime » Et elle ajoute « je hais mon père et je lui en veux de ce qu’il a fait à ma mère. Je veux qu’il paie mes frais de scolarité et ma pension. Je ne sais pas pourquoi il a arrêté de payer. Ma mère est domestique et elle gagne trois fois rien. Je veux aller dans une école multiraciale, peut-être que je serai mieux dans cette école ». Le fermier répète qu’il ne veut plus payer parce que sa femme va découvrir ce qui s’est passé il y a 15 ans. La mère dit que cet homme a eu deux autres enfants d’une domestique. Il vit au Botswana maintenant et jamais il n’a été poursuivi pour ce qu’il avait fait..

Traduit par Jacqueline Dérens

Plus d'informations : the Star

Publié le mercredi 7 juillet 2004


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