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L’Afrique du Sud entre mythologie et histoire

La fête nationale du 27 avril qui marque le début d’une page nouvelle dans l’histoire tourmentée de l’Afrique du Sud est toujours un moment de réflexion, d’évaluation et de retour vers un passé qui a besoin d’être assumé clairement. Mais aucun pays n’échappe à ses mythes qui rendent l’histoire véritable plus belle et l’Afrique du Sud n’en manque pas.

Pour la fête nationale, il y a les discours, la fête et pour la première fois cette année des voix qui ne se contentent plus de faire la liste des progrès accomplis en seize ans mais qui ouvertement dénoncent les inégalités, la corruption et la pauvreté qui frappent le pays.

Pour le Cosatu, l’Afrique du Sud à encore beaucoup à faire pour être vraiment une démocratie. « Nous ne pouvons pas ignorer les 58% de notre population qui ne peuvent pas vraiment bénéficier de la liberté politique alors qu’ils doivent se battre pour assurer leur survie quotidienne ...Nous ne pouvons pas non plus fêter la liberté quand notre société est ravagée par de tels niveaux de corruption et de criminalité ».

De nombreux syndicats font écho à cette déclaration. Le Numsa, syndicat des ouvriers de la métallurgie pointe la corruption comme un danger pour la liberté, le Sacp tout en rendant hommage aux héros de la lutte de libération remarque que beaucoup reste à faire et que les inégalités reflètent toujours les lignes de fracture raciale héritée du système d’apartheid.

Des commentateurs, des analystes multiplient depuis quelque temps les commentaires amers sur la démocratie sud-africaine incapable de répondre aux besoins des citoyens et un parti au pouvoir déchiré par des luttes intestines, incapable de trancher dans des conflits d’intérêts qui paralysent son action.

Pourtant les dirigeants multiplient les appels à l’unité de la nation pour aller de l’avant vers un avenir stable et prospère et chacun de rappeler les grandes figures de l’histoire passée. Kgalema Motlanthe, le vice-président appelait récemment ses concitoyens à « une appropriation collective » de l’histoire du pays.

Les héros historiques servent toujours d’argument pour galvaniser les foules pour le meilleur et pour le pire. Chacun évoque l’exemple des héros morts pour la lutte de libération et les grands moments qui ont été les étapes douloureuses ou victorieuses du peuple sud-africain vers la liberté.

Ces héros et les grands événements sont comme la société sud-africaine soumise à une grille de lecture qui passe par les lignes de fractures raciales. Faire de l ’histoire de l’Afrique du sud une histoire commune avec ses ombres et ses lumières, ses pages d’horreur et de gloire, avec tous ses acteurs traités avec objectivité reste encore un vaste chantier.

Anthony Butler, professeur de sciences politiques à l’université de Wits à Johannesburg dénonce les mensonges des uns et des autres dans un article sévère paru dans Business Today.

Shaka, le grand guerrier zoulou,le stratège militaire qui a fait trembler les Anglais est certainement le plus connu et le plus populaire des héros en Afrique du Sud , sur le continent africain et bien au -delà. Mais dit Butler, l’on oublie qu’il fut aussi un tyran sanguinaire et sa légende alimente un nationalisme zoulou dangereux.

Le Grand Trek, épopée du peuple afrikaner occulte le plus souvent le fait que les Boers ont fui parce que les autorités britanniques voulaient mettre fin à l’esclavage et que les fermiers afrikaners ont aussi emmené avec eux une foule de serviteurs Koisan et d’anciens esclaves dont beaucoup sont morts dans cet exil forcé.

Les Blancs d’origine anglo-saxonne sont persuadés qu’ils ont apporté la civilisation au fin fond de l’Afrique et que l’homme blanc anglo-saxon a apporté la science, le bien-être, les bonnes manières et les belles boutiques aux noirs ignorants et aux paysans afrikaners grossiers.

L’Anc n’est pas en reste pour réécrire l’histoire et le dernier esclandre de Julius Malema qui a voulu effacer le rôle du Pan African Congress dans la commémoration du massacre de Sharpeville en est l’exemple le plus frappant.

L’auteur reproche aussi à l’Anc de faire de la lutte armée l’outil essentiel de la lutte de libération et de minimiser le rôle des syndicats, des églises, des campagnes de désobéissances civiles dans l’opposition quotidienne au régime. Le rôle du Mouvement de la conscience noire et celui du Front démocratique uni dans les années 1980 sont déformés ou bien tout simplement oubliés.

Les Blancs ont toujours du mal à admettre qu’ils sont venus pour piller les richesses du pays et se construire de belles vies sur le dos de la population noire, et les Noirs préfèrent les mythes qui glorifient leurs héros à l’histoire réelle et véritable des faits examinés sans parti pris.

S’il est vrai que les enfants sud-africains ont de nouveaux livres d’histoire pour un programme qui inclut maintenant des personnalités comme Nelson Mandela qui transcendent les divisions raciales et ethniques, l’appropriation collective du passé demande encore un grand effort pour respecter la vérité et ne pas tomber dans les chimères du culte des héros que les dirigeants politiques manipulent à leur gré et à leur avantage.

Publié le mardi 4 mai 2010


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