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Nationaliser les mines en Afrique du Sud ?

La Ligue de la jeunesse de l’ANC a jeté un beau pavé dans la mare en demandant la nationalisation des ressources minérales en faisant référence à la Charte de la Liberté. Les réactions ont fusé dans tous les sens et le débat est largement ouvert dans le pays.

. L’argument de la Ligue de la jeunesse (ACNYL) reprend celui de la Charte de la liberté qui précise que les richesses minérales appartiennent au peuple sud-africain et de rappeler que tous les membres de l’ANC ont juré d’être fidèles à cette charte signée à Kliptown le 26 juin 1955 par tous ceux qui luttaient contre le système d’apartheid. En tant que mouvement de jeunesse, il est naturel que l’ANCYL fasse des propositions nouvelles et ne « se sente pas prisonnière des résolutions des congrès précédents ».

La Ligue de la jeunesse remet en cause la Loi sur le développement des ressources minières et pétrolières (MPRDA) qui donne à l’état le contrôle sur les droits des ressources minières, mais qui ne lui donne pas la propriété réelle des ressources, de leur extraction et de leur production qui restent aux mains des grandes compagnies minières. Et la Ligue de demander en quoi cette demande de nationalisation des ressources minières serait différente de ce qui se passe aujourd’hui aux USA où de grands groupes automobiles sont dans un processus de nationalisation ?

L’exploitation des richesses minières par une élite blanche est à la racine de l’exploitation, de l’oppression, du racisme dont est victime le peuple noir sud-africain. Pour l’ANCYL " l’oppression raciale en Afrique du sud est la conséquence directe du contrôle des colonialistes sur les ressources minérales de l’Afrique ».

L’autre argument d’une actualité brûlante est de dire que si le gouvernement, comme il l’a promis, veut créer massivement des emplois, les mines et la transformation des minerais peuvent être des gisements d’emplois diversifiés si ces activités sont sous le contrôle de l’état, alors que les groupes miniers actuels sont avant tout préoccupés de faire des bénéfices en exportant les matières premières. Quant à la crainte de voir disparaître les investissements, la Ligue l’écarte d’un revers de main en affirmant que les pays riches ont besoin des ressources minières de l’Afrique du Sud.

La ligue est bien consciente qu’une telle proposition va faire grincer des dents dans une société divisée en classes comme l’est celle de l’Afrique du Sud, mais cette demande est faite pour le bénéfice de tous les Sud-Africains et la Ligue demande que le débat sur cette question soit ouvert.

La direction de l’Anc a aussitôt répondu par la voix de son porte-parole en déclarant qu’i n’y avait pas de « lutte » au sein des partenaires de l’Alliance et que le débat autour de cette question était le bienvenu. Mais l’Anc veut que toutes les résolutions et les décisions passées soient prises en considération et constituent la base à partir de laquelle le débat peut s’ouvrir.

Le MPRDA et le Mining Black Economic Empowerment Charter ont déjà marqué une transformation importante des droits sur les richesses minières puisque 26% de ces droits doivent revenir à des Sud-Africains noirs, y compris le développement des communautés vivant auprès des mines.

L’ANC insiste pour que tout ce qui a été fait depuis l’adoption de la Charte de la Liberté et l’arrivée au pouvoir de l’ANC soit pris en compte dans la discussion à venir et de garder en mémoire que toutes les résolutions et décisions n’ont pas été complètement appliquées. « Donner l’impression que la direction de l’ANC résiste à la transformation de la propriété des ressources minérales est incorrecte et nous n’en sommes encore qu’au début de la transformation historique de notre économie exprimée dans la Charte de la Liberté ». Le parti au pouvoir est donc prêt au débat.

La Ligue communiste de la jeunesse s’est aussitôt lancée dans le débat en réfutant l’interprétation de l’Anc de la Charte de la Liberté qu’elle trouve très édulcorée et en faisant remarquer qu’il y avait une différence entre le droit de l’état à la propriété et le contrôle réel populaire sur les richesses du pays. Le fait qu’une élite noire utilise les nouvelles lois à son profit n’est qu’un leurre. Une poignée de dirigeants à la tête de l’état a su utiliser le Black Economic Empowerment à son avantage et c’est cette élite qui contrôle les mines avec ses partenaires blancs. « Notre peuple n’a aucun contrôle de quelque nature que ce soit sur nos mines ».

Les commentaires faits dans la presse par un dirigeant du syndicat des mineurs ont été encore plus vertement dénoncés par les communistes. Son argument revient à dire que le changement de propriété doit se faire à l’amiable, selon le modèle « willing buyer-willing seller » comme cela s’est fait pour la terre. Mais ce modèle est un échec patent pour la redistribution des terres. Pourquoi vouloir l’utiliser pour les mines, sinon pour préserver une riche minorité blanche et noire ? « Il n’y a jamais eu de transfert de richesses de la part des capitalistes aux travailleurs sans une forme ou une autre de force ou d’imposition ».

L’idée de créer une société mixte avancée par le NUM pourrait être une forme adoucie de nationalisation pour ne pas effrayer les investisseurs étrangers. Cette formule fonctionne au Botswana et en Namibie pour les mines de diamants qui sont exploitées conjointement par des actionnaires d’état et la De Beers. L’Afrique du Sud est le premier producteur au monde de platine, de chrome, de manganèse et de vanadium, le troisième producteur d’or et le principal fournisseur de charbon pour les centrales thermiques européennes. La question est donc d’importance.

La demande de nationalisations des richesses naturelles revient régulièrement depuis l’adoption de la Charte de la Liberté. Mais aujourd’hui elle prend une dimension particulière devant l’ampleur des problèmes sociaux, pauvreté, chômage, inégalités que connaît l’Afrique du Sud. Les partenaires de l’ANC qui ont grandement participé à son succès électoral ne resteront pas muets sur la question.

Plus d'informations : cosatu media monitor

Publié le vendredi 10 juillet 2009


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