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Vol de carburant, une activité très lucrative en Afrique du Sud

Pour acheminer 250 millions de litres de carburant chaque semaine du port de Durban dans cinq provinces du pays, 3800 kilomètres d’oléoduc, enfouis à deux mètres sous terre, traversent des fermes et des champs. Proie facile pour des gangs bien organisés à qui le vol rapporte gros étant donné la flambée des prix du pétrole.

Vrede est une bourgade sans charme au milieu des champs de maïs, mais elle a un attrait particulier pour les voleurs de carburant car elle est au cœur du réseau d’oléoducs gérés par Transnet, l’entreprise étatique qui gère aussi les ports et les infrastructures ferroviaires. En janvier dernier, la police a arrêté un homme pour vol de carburants et dégâts occasionnés à une structure appartenant à l’Etat. Sur place la police a trouvé cinq camions avec des remorques et un bakkie.

Une équipe de journalistes de AmaBhungane, un site de journalisme d’investigation, s’est rendue dans plusieurs fermes autour de Vrede. Les fermes sont isolées et les barrières censées interdire l’entrée sont cassées. Dans les champs, des regards en ciment indiquent le passage de l’oléoduc. C’est là que les voleurs opèrent et siphonnent le précieux liquide. Les fermiers et leurs ouvriers agricoles sont au courant du trafic, mais la peur des représailles les empêche de parler.

Un scenario a toutefois émergé de toutes ces conversations à demi-mot. La nuit trois ou quatre camions citernes, sans marques particulières, quittent l’autoroute et vont vers une ferme isolée, accompagnés d’autres véhicules, genre bakkie, avec des hommes armés. La flotte de véhicules ne passe pas inaperçue pour ceux qui vivent sur place. Mais quand la police est prévenue de l’agitation nocturne, elle arrive trop tard ou bien elle ne se déplace pas. Ce qui fait dire à un des fermiers qu’il y a connivence entre les voleurs et la police parce que ces vols ont toujours lieu quand le pétrole coule à flot. Bien entendu les fermiers restent cloitrés chez eux et ne se risquent pas à affronter les voleurs protégés par des hommes armés.

Selon une émission de télévision, le gang trouve facilement des indicateurs parmi les ouvriers agricoles très mal payés. Une poignée de rands leur délie la langue et ils indiquent où se trouve les regards d’où on pourra siphonner des milliers de litres de carburants. Pour la dizaine d’hommes qui organisent le pompage et la sécurité, la prime peut aller jusqu’à 40 000 rands par nuitée de travail. En cas d’incident et d’aide particulière, la récompense est beaucoup plus élevée. Il y a trois ans un ouvrier, alerté par le charivari, a aidé un camion embourbé à sortir de ce passage difficile et il a reçu de l’agent à pleine poignée.

Les voleurs sont très qualifiés pour faire sauter les trappes en béton, avoir accès aux valves et robinets, et remplir les citernes, tout autant qu’à percer l’oléoduc, sans se soucier du pétrole qui souille le sol et parfois coule jusqu’au cours d’eau voisin ; en octobre 2020, 60 000litres de pétrole ont pollué la rivière Umbilo. Le risque le plus grand est celui de l’explosion et de l’incendie. C’est ce qui est arrivé quand deux hommes sont morts de leurs brûlures après un raid dans une ferme en janvier 2021.

Selon Saret Knoetze, porte-parole de Transnet Pipelines, il y a déjà eu 77 vols de carburant cette année, soit 3,5 millions de litres volés. Ces trois dernières années, 264 cas ont été rapportés à la police ce qui a mené à 155 arrestations de suspects, mais seulement deux inculpations. Aucun employé de Transnet n’a été arrêté.

La guerre contre des gangs bien organisés, dont les responsables ne vivent pas toujours en Afrique du Sud, est d’autant plus difficile que le réseau d’oléoducs est très vaste sur un territoire peu peuplé. Transnet doit aussi veiller à la sécurité des ports et du réseau ferré.

Le vol de rails et câbles est monnaie courante dans cette même région de Vrede. Les voleurs arrivent avec des camions, montrent une fausse lettre de Transnet les autorisant à enlever les rails aux fermiers qui s’inquiètent de voir le rails disparaître et n’hésitent pas à les menacer s’ils se montrent vraiment trop curieux. Le vol de câbles est encore plus fréquent et plus de 1000 kilomètres de câbles ont été volé l’an dernier.

Tous ces vols sont autant de moins de taxes dans les caisses de l’état et un service largement perturbé pour les consommateurs. Source https://amabhungane.org/

Plus d'informations : AmaBhungane

Publié le vendredi 18 mars 2022


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