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Rugby et politique : une métaphore sud-africaine

Les Springboks n’ont fait qu’une bouchée de la rose anglaise ! Une victoire qui a, à nouveau, fait rêver tous ceux qui avaient cru au miracle de la nation-arc-en ciel et vu au fil des années la corruption, le racisme, la violence assombrir le ciel qu’ils auraient voulu toujours radieux. Les Springboks ont gagné parce qu’ils formaient une équipe avec un objectif : gagner. Sport et politique : même combat ?

Deux noms resteront sans aucun doute dans l’histoire du rugby sud-africain : celui de l’entraîneur Rassie Erasmus et du capitaine Siya Kolisi qui ont mené l’équipe à la victoire. Les mots de Siya Kolisi ont du rappeler quelque chose aux Sud-Africains qui ont connu les années de lutte « …nous pouvons tout réussir, si nous travaillons ensemble ». Ensemble, un mot bien oublié depuis des années par ceux qui dirigent le pays. Après les « neuf années de perdues » de la présidence Zuma, le pays est au bord de la faillite.

Le pillage des ressources de l’Etat par les frères Guptas, la complicité des géants de l’audit KPGM, ou Mac Kinsey dans l’attribution des marchés publics et les factures truquées, le scandale Steinhoff (qui a des répercussions jusqu’en France avec les licenciements chez Conforama), les dépenses somptuaires du Président Zuma, la liste est sans fin de la mise à sac de l’économie. La dette colossale d’Eskom à qui les Guptas vendaient du charbon de mauvaise qualité à des prix exorbitants risque de clouer le cercueil d’une économie moribonde. Tous ont mis la main dans le pot de confiture et se sont gavés sans honte.

La dette colossale et la déplorable gestion du géant électrique Eskom risque de plomber l’économie du pays parce qu’il ne peut plus fournir l’énergie dont les entreprises ont besoin, de coupures en délestage, plus rien ne peut fonctionner normalement. Sasol, le géant pétrochimique, lui aussi en difficulté, a choisi de changer sa direction. Le besoin d’investissements pour améliorer et moderniser ces mastodontes devient urgent, mais devant tant de gabegie les investisseurs risquent d’y regarder à deux fois avant de partager l’aventure du redressement économique du pays.

L’économie n’est pas le seul souci pour le Président Ramaphosa, après l’euphorie de la victoire des Springboks, il lui faudra redonner confiance à tous les Sud-africains, noirs et blancs, alors que les vieux démons du racisme relèvent la tête. Ce racisme traverse tous les partis politiques, des vociférations des élus du parti de Julius Malema EFF, au remplacement du dirigeant noir, Mmusi Maimane, par le retour d’Helen Zille, qui avait été écartée de la direction après un désastreux tweet vantant les bienfaits de la colonisation. Noircir le DA n’est pas plus facile que de blanchir le EFF. Le racisme ne peut pas être ignoré quand la pauvreté a trop souvent « un visage noir » comme l’a dit le maire DA de Johannesburg qui a démissionné. L’ANC, dont la politique non-raciale est son credo, résiste en condamnant tout comportement ou langage raciste, mais il n’a pas réussi à endiguer la vague xénophobe qui resurgit régulièrement depuis 2008, où 68 étrangers avaient trouvé la mort.

Depuis la dernière vague de xénophobie en septembre dernier qui a visé les immigrants africains, l’image de l’Afrique est bien ternie auprès des ses voisins africains qui ont rappelé pour certains leur soutien à la lutte de libération de l’ANC et subi les représailles du régime d’apartheid qui se souciait alors bien peu des frontières. Le chômage persistant, près de 30% de la population en âge de travailler, et la pauvreté qui s’en suit, est un des facteurs puissants pour attiser la haine envers ceux qui s’en tirent mieux et qui sont étrangers. « Ils viennent manger notre pain » se traduit dans toutes les langues. Toutefois l’incurie de l’administration sud-africaine a aussi une part importante dans la persistance de cette haine de l’étranger. Des immigrants qui vivent depuis des dizaines d’année et travaillent en Afrique du Sud n’ont toujours pas de papiers et devant le danger permanent de vivre dans un environnement hostile, des centaines d’entre eux ont squatté devant les bureaux du HCR des Nations unies en demandant leur rapatriement immédiat. Ces rassemblements ont été sauvagement dispersés par la police sud-africaine ne ménageant ni les femmes ni les enfants. Ceux qui occupaient une église méthodiste au Cap ont été délogés le 30 octobre et ne savent plus où aller.

Aux graves problèmes économiques et sociaux du pays viennent s’ajouter les divisions au sein de l’équipe du Président Ramaphosa. Depuis le dernier congrès de l’ANC et les élections du mois de mai 2019, les divisions sont toujours là entre pro Zuma et pro Ramaphosa parmi les « top six », la direction de l’ANC. La marge de manœuvre est donc bien étroite pour un capitaine qui doit transformer en victoire, l’essai marqué en mai dernier. La victoire des Springboks a redonner le sourire et l’espoir à toute une nation, reste à l’équipe dirigeante de ne pas transformer ces sourires éclatants d’espoir en rictus amers du découragement.

Publié le mercredi 6 novembre 2019


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