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Zama-zamas ou la malédiction des mines

On les appelle zama-zamas en Afrique du Sud. Ce sont les milliers de mineurs illégaux qui au péril de leur vie essaient d’arracher à la terre les restes de minerai d’or, de platine ou autres dans les mines désaffectées. Un instinct de survie dans un océan de pauvreté et de violence qui alimentent de juteux trafics internationaux.

La victoire que viennent d’obtenir les mineurs d’or devant un tribunal du Johannesburg contre les compagnies minières contraintes de verser 353 millions de dollars aux mineurs ayant contracté la silicose, ne cache pas l’immense saccage humain et environnemental causé par l’exploitation des mines depuis le 19éme siècle. Ces compensations aux survivants n’effacent pas les longues années de souffrances, les agonies lentes de ceux dont les poumons encombrés de poussière cessent de fonctionner, la détresse des veuves et la pauvreté des foyers privés de revenus.

Les terrils abandonnés autour des mines, les eaux polluées par les produits toxiques, la faune et la flore dévastées, les habitants vivant autour de la mine dans des conditions misérables n’émeuvent personne, tout cela n’est que trop connu. A ces calamités, vient s’ajouter le fléau des mineurs illégaux qui hantent les galeries des mines abandonnées.

On estime à 30 000 le nombre de zama-zamas qui travaillent dans 6000 mines abandonnées dans toute l’Afrique du Sud. Alan Martin , auteur d’un rapport : Uncovered : the Dark World of the Zama Zamas  » , un projet de l’Institut pour la Sécurité(ISS), Interpol et The Global Initiative against Transnational Organised Crime, montre comment ce travail illicite est l’un des plus lucratifs et des plus violents sur le continent africain.

L’extraction illégale ne touche pas que les mines d’or désaffectées, mais aussi les mines de platine, de diamants et aussi celles de chrome selon des données des services du ministère. Les minerais volés sont vendus sur le marché international par le crime organisé qui sait trouver des moyens subtils pour effacer la provenance douteuse de ces métaux précieux. En 2005, un rapport estimait que 10% de la production d’or sud-africain était volé et vendu illégalement, et en 2017 dans un document soumis au Parlement , le Conseil des minerais estimait que l’état perdait 21 milliards de rands sur la vente et les taxes des minerais précieux volés.

Ce marché très lucratif est parfaitement organisé. Tout en bas de la hiérarchie, les zama-zamas, souvent des mineurs licenciés qui ont le savoir faire. Ils travaillent pour des vendeurs qui leur fournissent nourriture, équipement et protection. Ces vendeurs locaux revendent à des vendeurs régionaux qui ont des permis pour faire le commerce des métaux précieux, qui revendent à des intermédiaires nationaux qui utilisent des compagnies écran pour finalement vendre la marchandise à des distributeurs internationaux.

Dans son rapport, Alan Martin montre comment la crise économique qui frappe l’Afrique du Sud et ses proches voisins, Lesotho, Mozambique, Zimbabwe, alimente ce commerce illégal. Depuis 1995, les mines ont massivement licencié et les effectifs sont passés de 380 000 à 101 085 en 2018. Les mineurs licenciés sont prêts à devenir zama-zamas pour nourrir leurs familles, sachant qu’un salaire de mineur fait vivre en moyenne huit personnes. Les mineurs étrangers n’ont aucune chance de retrouver un travail chez eux ce qui explique que près de 70% des zama-zamas sont des travailleurs illégaux.

On comprend alors qu’il acceptent de descendre dans des puits de mines, des galeries sans ventilation qui menacent de s’écrouler, qu’ils utilisent des explosifs au mépris de leur vie, et en plus qu’ils soient victimes de règlements de compte entre gangs, de racket, d’extorsion de leurs maigres biens et parfois de meurtres. On estime à 300 les mineurs illégaux qui auraient perdu la vie entre 2012 et 2015 , mais il n’existe pas de statistiques fiables.

Les nombreux rapports qui documentent les conditions de vie et de travail de ces mineurs illégaux relèvent tous l’inefficacité des descentes de police et de toute forme de répression.

Le manque de réponses adéquates à la crise économique et au chômage qui en résulte est une aubaine pour les gangs mafieux qui peuvent recruter une main d’œuvre qui acceptera jusqu’à la mort les pires conditions de travail. A ne vouloir que réprimer ce travail illégal, le gouvernement ne veut pas voir que ces mineurs contribuent aussi à l’économie locale et pour les étrangers à l’économie de leur pays respectif. L’auteur du rapport cité, Alan Martin, suggère que les lois qui régissent l’extraction minière artisanale (ASM) facilitent les activités illégales, au lieu de les intégrer dans le marché légal des minerais.

« Criminaliser, démoniser, faire des mineurs étrangers des boucs émissaires est une manière facile d’éviter d’avoir des discussions sérieuses sur la réalité de la pauvreté persistante, du manque de services publics de base et l’instabilité politique des pays voisins, tout ce qui pousse des hommes à accepter de devenir zama-zama ».

Pour intégrer la production de ces mineurs et qu’ils reçoivent un juste prix pour leur travail , Alan Martin suggère que l’or soit vendu à un seul endroit à un acheteur accrédité. « L’effet combiné du vol, de la fraude, de l’économie illégale, la violence, la corruption, le blanchiment d’argent et les trafics illégaux transnationaux des métaux précieux demandent à tous les acteurs d’adopter une approche solide et structurée pour neutraliser une menace mondiale » est la conclusion de ce rapport inquiétant.

Plus d'informations : Mining Weekly

Publié le lundi 29 juillet 2019


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Afrique du Sud

criminalité

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