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Violences faites aux femmes : tout dans la loi, rien dans la vie

L’Afrique du Sud commémore la marche historique des femmes du 9 août 1956 sur les bâtiments gouvernementaux pour protester contre les lois injustes de l’apartheid au moment où un ministre est inculpé pour avoir brutalisé trois femmes en public. La loi et la vie quotidienne sont-elles deux mondes à part irrémédiablement incompatibles ?

Une femme est présidente de l’Assemblée nationale, plusieurs sont ministres, ambassadrices et mêmes candidates à la magistrature suprême. La constitution de 1996 affirme des droits égaux à tous ceux qui vivent en Afrique du Sud, sans distinction de race, de genre, d’orientation sexuelle, de religions ; de philosophie ; le mariage de même sexe a été légalisé en décembre 2005 sans provoquer de crise d’hystérie de la part de ceux qui ne sont pas d’accord.

Et pourtant l’Afrique du Sud est montrée du doigt pour le nombre élevé de viols, féminicides et violences faites aux femmes. Les chiffres hélas ne démentent pas la réalité vécue par des millions de femmes sud–africaine sans discrimination de race ; femmes blanches ou femmes noires, toutes paient un lourd tribut au patriarcat ambiant.

Selon la police, en 2016, 182 933 femmes ont été grièvement blessées, une moyenne de 109 cas de viols par jour ont été enregistrés. Ces chiffres ne tiennent pas compte de toutes celles, qui pour des raisons multiples, ne vont pas chercher l’aide de la police parce qu’il n’y pas de commissariat à proximité ; parce qu’elle craignent des représailles de la part de leur voisins ou de leurs familles ; parce qu’elles ont peur de ne pas être prises au sérieux par des policiers débordés de travail, etc.

Dans un pays où le Président de la République échappe à toute poursuite pour le viol d’une jeune femme, où le même président déclare publiquement que, plus jeune, il aurait casser la figure d’un homosexuel, s’il en avait rencontré un sur son chemin ; où les chefs tribaux veulent remettre au goût du jour les tests de virginité avant d’ attribuer des bourses d’études aux jeunes filles ; où un athlète règle ses comptes avec sa compagne en lui tirant dessus au travers d’une porte ; où les lesbiennes sont « corrigées » par des viols collectifs, ces chiffres ne sont qu’un pâle reflet de la réalité vécue chaque jour par les femmes sud-africaines.

Le dernier incident, qui met en cause le ministre adjoint de l’enseignement supérieur, montre à quel point la loi et la réalité sont déconnectées l’une de l’autre. Le Ministre Mduduzi Manana est accusé d’avoir agressé trois jeunes femmes, dont l’une a porté plainte, au cours d’une altercation dans une boîte de nuit. Les jeunes femmes n’étaient pas d’accord politiquement avec le ministre, la discussion a dégénéré en pugilat quand l’insulte suprême a été prononcée : « tu n’es qu’un pédé » ! Le Ministre a tabassé l’insolente sous les yeux des videurs de la boîte, qui certainement par solidarité avec l’offensé, n’ont pas bronché. Sexisme, homophobie, patriarcat et vieilles lunes culturelles dans un mélange explosif ont fait sauter les plombs chez un homme que chacun décrit comme habituellement très courtois.

L’affaire fait grand bruit au moment où le gouvernement ouvre solennellement le mois des femmes sud-africaines en renouvelant promesses et bonnes paroles pour mettre fin à un fléau qui mutile la moitié de la population du pays. Comme d’autres avant lui, le ministre Manana a déjà fait des excuses, mais l’opinion publique commence à se lasser d’entendre des excuses, des slogans, des mots, des discours et de ne rien voir de concret sur le terrain. Sa mise en liberté provisoire sous caution, avant son procès ajourné au 13 septembre ne va certainement pas apaiser la colère des associations qui se battent tous les jours pour aider les victimes et qui demandent des moyens pour des services sociaux dignes de ce nom, pour la police et la justice.

A Port Elizabeth, une ville ravagée par le la pauvreté et le chômage, des femmes habillées de noir, ont manifesté pour dire qu’elles portaient le deuil de la liberté pour les femmes. « La pauvreté affecte durement nos communautés, mais elle touche plus les femmes que les hommes. Les hommes finissent par agresser des femmes au désespoir parce qu’ils sont pauvres. Nous sommes là pour dire au monde qu’il n’y a rien à célébrer quand les femmes sont violées, tuées, mariées de force ».

Jacqueline Dérens

Publié le jeudi 10 août 2017


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