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L’école gratuite : un enjeu majeur pour l’Afrique du Sud

On a beaucoup parlé ces derniers temps de l’université gratuite avec la campagne #Feesmust fall, mais c’est peut-être mettre la charrue avant les bœufs, si l’école primaire et secondaire restent inaccessibles pour la majorité des enfants des familles noires pauvres.

L’Afrique du Sud reste un des rares pays où l’enseignement primaire n’est pas gratuit. Héritage du passé, les frais de scolarité, au moins pour l’éducation primaire, devraient disparaître puisque la section 29 de la constitution précise que l’éducation de base doit être accessible à tous et que des moyens financiers soient alloués pour réparer les injustices historiques. L’éducation bantoue mise en place par le système d’apartheid avait pour mission de faire bien comprendre aux enfants noirs qu’ils étaient inférieurs aux enfants blancs et que jamais un noir ne pourrait prétendre à un emploi supérieur à celui d’un blanc. Cet héritage reste un des plus lourds à gérer pour l’Afrique du Sud aujourd’hui.

La loi sur les écoles sud-africaines a été amendée en 2005 et a fait une classification en cinq catégories des écoles, en prenant pour base la richesse des quartiers où elles se trouvent. Les écoles les plus pauvres sont classées en catégorie 1, les plus riches en catégorie 5. Les écoles des catégories 1, 2 et 3 ne sont plus autorisées à percevoir des frais de scolarité, mais reçoivent en échange des subventions des autorités provinciales. En 2016, ces subventions s’élevaient à 1175 rands par élève et par an (environ 78 euros).

Avec ce système de classification, il y a de plus en plus d ‘élèves qui ne payent pas de frais de scolarité et le pourcentage de ces élèves est le plus élevé dans les provinces les plus pauvres : 92% d’élèves qui ne payent pas dans le Limpopo, 82% dans la province du Cap oriental contre 41% dans le Cap occidental et 45% dans le Gauteng, les deux provinces les plus riches du pays, selon des statistiques de 2014.

Ce système qui paraît simple et rationnel se révèle beaucoup plus pervers qu’il n’y paraît.

Un rapport de 2013 montre que 53% des écoles pauvres des provinces les plus pauvres ne reçoivent pas les subventions auxquelles elles ont droit. Défaillance de l’administration ? Détournement de fonds ? On peut rappeler le scandale des manuels scolaires de la province du Limpopo qui ne sont jamais arrivés sur les pupitres des écoliers et dont une partie a été trouvée dans une décharge publique en 2011. Déjà des organisations de la société civile s’alarmaient de la situation et en juin 2012, elles avaient adressé une lettre à la ministre de l’éducation en faisant ce constat amer « aujourd’hui seuls ceux qui ont les moyens d’acheter un enseignement de qualité en bénéficient ». La classification des écoles qui prend en compte la qualité et les revenus du quartier aboutit a des aberrations : les écoles des bidonvilles ou des townships qui côtoient des quartiers riches ne sont pas prises en compte dans la catégorie1, ni les élèves qui font de longs trajets pour aller dans une école de meilleure qualité.

Les élèves qui sont admis dans une école qui demandent des frais de scolarité, catégorie 4 ou 5, peuvent demander d’être exonérés du paiement si ces frais dépassent 10% du revenu annuel familial ou si l’élève est orphelin ; chef de famille ; ou confié à une famille d’accueil. Les établissements ont bien entendu intérêt à ne pas admettre ces élèves. Les parents à qui ont refusent l’exonération peuvent faire un recours, mais la procédure est longue et compliquée. Le résultat c’est que 7% seulement des élèves bénéficiaient d’une exonération en 2015. Le paiement des frais de scolarité reste le barrage principal à l’accès à une éducation de qualité et la principale raison pour que des enfants n’aillent pas à l’école. En 2014, une étude, the General Household Survey, montrait que 24% des élèves de 7 à 18 ans qui n’étaient inscrits dans aucun établissement scolaire, donnaient comme raison principale : « je n’ai pas d’argent pour payer les frais de scolarité ».

Un chercheur, Nic Spaull décrit le système éducatif sud–africain comme un système des « deux tiers ».Un tiers des élèves vont dans des écoles payantes qui ont des maîtres qualifiés, du matériel pédagogique de qualité, des laboratoires et des bibliothèques bien équipées. Les deux autres tiers vont dans des écoles où ils ne payent pas de frais de scolarité ou bien dans des écoles privées où les frais de scolarité sont peu élevés. Environ 15% des élèves sont dans le premier tiers et ce sont eux qui pourront accéder à l’enseignement supérieur, autrement dit l’accès à l’université continue à se faire sur des bases de race et de classe, ce qui est contraire à la constitution et n’offre aucune solution à la résolution du problème brûlant des inégalités héritées du passé.

L’éducation gratuite dès l’école primaire reste la meilleure solution pour réduire les inégalités qui rongent la société sud-africaine et condamnent sa jeunesse au chômage. Source http://www.groundup.org.za/article/...

Plus d'informations : Ground Up

Publié le samedi 19 novembre 2016


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