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L’Anc a perdu son âme à Marikana

Quatre ans après le massacre de Marikana, les électeurs sud-africains ont perdu confiance dans l’Anc, le mouvement de libération qui a mis fin au régime d’apartheid. Ce mouvement plus que centenaire avait réussi, par la qualité intellectuelle de ses dirigeants, la force combative de ses militants, le soutien populaire qu’il avait su rassembler, à mettre fin au régime raciste. Intelligence stratégique, courage, honnêteté et dévouement ne sont plus à l’ordre du jour et les électeurs ont délaissé un parti qui a trahi leurs espoirs « d’une vie meilleure pour tous ».

Le 3 août 2016, les électeurs les plus pauvres, ceux des bidonvilles ne sont pas allés voter. Les jeunes des villes ont préféré voter pour des partis d’opposition qui leur semblaient plus attirants avec des dirigeants jeunes et au verbe haut, et les nostalgiques de la lutte d’hier ont du faire taire leur conscience et leur rancœur avant de faire la croix devant un nom sur le bulletin de vote. Le désarroi est grand devant l’ampleur de la débâcle électorale du parti mythique de Nelson Mandela. Le « tout plutôt que l’Anc » a confié la gestion de quatre grandes métropoles à des coalitions hétéroclites dont nul ne sait comment ce mariage de la carpe et du lapin va fonctionner.

Mais le désastre était annoncé au moins depuis le massacre de Marikana quand la police a tiré sur des mineurs qui réclamaient des augmentations de salaires pour faire vivre leurs familles. Ces morts accusent un gouvernement qui n’a pour toute réponse à des revendications justes que la force de la répression. Ces morts accusent les syndicats plus préoccupés du dialogue avec le patronat et de leurs voitures de fonction que de l’écoute de ses adhérents les plus mal payés du secteur minier. Ces morts accusent le patronat qui continue à engranger les profits sans se soucier des conditions de vie de ses employés.

La Commission Farlam a nommé les responsables à l’exception du pouvoir politique. Mais qui a donné l’ordre de tirer sur les mineurs ? La cheffe de la police a été limogée pour calmer le jeu, mais le compte n’y est pas. Les veuves, les orphelins attendent toujours des indemnités ; les familles de mineurs continuent à vivre dans des baraques immondes et les enfants de mineurs descendront un jour dans la mine comme leurs pères, leurs frères, comme tous les hommes le font depuis plus d’un siècle. L’espoir est mort à Marikana.

Le Parti communiste sud-africain, allié de l’Anc a fait une analyse sévère de l’échec électoral dans sa déclaration du 28 août. Il dénonce l’arrogance, la corruption des élus de l’Anc, la main mise du monde de l’argent sur les affaires de l’Etat, pas seulement celle de la famille Gupta, grande amie du Président Zuma et de son cercle privé, mais des grandes compagnies qui pillent les richesses du pays depuis plus de 400 ans. Le capitalisme triomphe au pays de Mandela au grand mépris des pauvres, le racisme s’étalent sans vergogne dans les réseaux sociaux de la nation arc-en-ciel, le patriarcat reprend du poil de la bête alors que les femmes ont largement contribué à la lutte de libération.

Après une telle dérive, l’Afrique du Sud avec sa riche histoire de luttes réussira-t-elle à arrêter la course folle aux profits, au pillage de ses richesses par des individus sans foi ni loi ? C’est tout l’enjeu avant la conférence nationale de l’Anc prévue en décembre 2017 et les élections générales de 2019. Mais ce calendrier bien huilé pourrait bien être bousculé par des mineurs en colère, des pauvres qui n’ont plus rien à perdre et les honnêtes gens qui n’en peuvent plus de voir leurs aspirations à mieux vivre foulées au pied de l’autel du veau d’or.

JacquelineDérens

Auteure de

Les Voix des veuves de Marikana Editions Clara

Dulcie September, une vie pour la liberté Editions Nonlieu

Nous avons combattu l’apartheid Editions NonLieu

Publié le vendredi 9 septembre 2016


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