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Le Sida en Afrique du Sud : des avancées et des craintes

« Nous sommes au milieu du fleuve aujourd’hui. Mais nager jusqu’à l’autre rive, pourrait être beaucoup plus difficile et c’est ce qui m’inquiète ». Mark Heywood, infatigable militant de la lutte contre le sida, résume bien par cette image, la situation où se trouve l’Afrique du Sud aujourd’hui.

Après les années de déni sous la présidence de Thabo Mbeki et le désastre qui en a suivi, l’Afrique du Sud est aujourd’hui le pays qui a un des meilleurs plans de lutte contre le fléau. Sur les 6,8 millions de personnes contaminées la moitié est sous traitements antirétroviraux. L’objectif est d’atteindre l’éradication de la maladie d’ici 2030 comme le prévoit l’Onusida.

Ce résultat encourageant ne veut pas dire que l’Afrique du Sud en a fini avec le sida.

Certains groupes de population se révèlent beaucoup plus vulnérables à la maladie que d’autres. C’est le cas pour les adolescents, en particulier les filles. Sept nouveaux cas d’infection sur dix sont des filles âgées de 15 à 18 ans. Les raisons sont multiples. Beaucoup sont nées séropositifs, les autres ni enfants, ni adultes échappent à tous les systèmes de prévention et l’adolescence est l’âge où l’on brave les interdits sans connaissance des risques réels.

Une étude faite en 2014 montre qu’avant l’âge de 15 ans, un garçon sur 10 et sept filles sur dix ont eu des rapports sexuels. Pour 25% des filles qui ont des rapports sexuels avec des hommes plus âgés, le risque de contamination est encore plus grand. L’attitude dominatrice des hommes qui génèrent mépris et violence envers les femmes rend ces dernières particulièrement vulnérables face à la maladie et l’attrait des Sugar Daddies peut être mortel pour les filles pauvres des townships.

La question du comportement face aux risques montre que les Sud-Africains deviennent négligents : ils utilisent moins les préservatifs, ils multiplient les partenaires et sont de plus en ignorants sur la nature de la maladie. Est-ce parce qu’ils savent qu’ils pourront avoir gratuitement un traitement par les antirétroviraux ? Il n’y a pas de réponse évidente, mais le constat est grave.

Un autre aspect de la gravité du sida est son lien avec la tuberculose. L’Afrique du Sud est le pays, juste après le petit Lesotho, où le taux annuel est de 834 malades pour 100 000 habitants, la tuberculose y est la cause principale de mortalité et 60 à 70% des malades ont le sida et la tuberculose.

Les malades du sida dont les résistances immunitaires sont amoindries sont les plus vulnérables à la tuberculose. Les populations les plus touchées parMotsoaledi ce duo mortel sont les mineurs, leurs familles, ceux qui vivent près des mines et les prisonniers. Le Ministre de la santé, Aaron Motsolaedi, président de la nouvelle campagne Stop TB en est bien conscient, qui estime que si rien n’est fait pour accélérer la lutte contre la tuberculose il faudra 180 ans pour éradiquer la maladie.

La difficulté pour lutter contre la tuberculose est l’apparition de la forme résistante. Alors qu’une tuberculose normale se soigne en six mois, cette forme résistante exige deux années de traitement lourd et couteux. Ce qui explique que beaucoup de malades abandonnent le traitement en cours de route.

On estime qu’il faut 56 milliards de dollars pour mettre en place de manière efficace le plan Stop TB et pour le moment les fonds manquent parce que selon le rapport d’une association américaine (Treatment Action Group) « la tuberculose n’a jamais suscité une forte volonté politique, ni un investissement financier, ni une énergie scientifique à la hauteur de son coût démesuré sur la sante et le bien-être humain ».

La question est donc de savoir si une volonté politique arrivera à une mobilisation semblable à celle de la lutte contre le sida pour faire baisser de manière spectaculaire le prix des médicaments. Les compagnies pharmaceutiques ont accepté de faire passer le coût d’un traitement contre le sida de 300 à 89 rands par mois, le feront-elles pour les médicaments capables de vaincre las tuberculose résistante aux traitements simples ?

L’Afrique du Sud est sur la bonne voie, mais pour éradiquer le sida et la tuberculose il faut encore beaucoup de mobilisation pour changer les comportements, avoir accès aux médicaments, lutter contre la violence en particulier contre les femmes, lutter contre la pauvreté, donner l’accès à l’éducation aux filles. Un programme aux aspects multiples qui doit mobiliser les citoyens et engager les responsables politiques.

Publié le mardi 1er décembre 2015


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