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L’énergie, une ténébreuse affaire sud-africaine

Alors que plus de 7000 délégués, ministres, chef d’entreprises, experts ont réfléchi sur l’avenir de l’industrie minière du continent africain à la grande Mining Indiba qui se tenait récemment dans la ville du Cap, Eskom avait bien du mal à maintenir une production électrique fiable, énergie vitale pour l’industrie minière. Dans son discours à la nation, le Président Zuma a fait de la question énergétique une priorité pour l’avenir de l’économie sud-africaine.

De délestages, en coupures les Sud-Africains ont appris à vivre sans électricité, bien sûr pour ceux qui sont raccordés au réseau national et peuvent payer les factures. Pour les autres c’est chauffage et cuisine avec réchaud à pétrole ou fourneau à bois comme avant. Ces désagréments qui privent les plus fortunés du confort électrique ne sont qu’un des aspects de la grave crise énergétique que connait le pays depuis maintenant plusieurs années.

Eskom, la compagnie nationale n’arrive plus à faire face aux problèmes qui s’accumulent : centrales vieillissantes, réseaux défectueux, retards dans la construction des nouvelles centrales. Le Président a beau incriminer le passé, l’avenir semble bien sombre à moins d’une reprise en main volontariste pour répondre aux besoins de l’économie du pays.

Les 24 centrales du pays ont toutes au moins 30 ans d’existence et leur entretien n’a pas été à la hauteur, faute de financement. Au mois de janvier, un silo à charbon d’une centrale thermique s’est fissuré entrainant l’arrêt momentané de la production ; dans une autre le générateur est tombé en panne ; en février un quart de la production générale n’a pas pu être assuré. Le système est à bout de souffle et se trouve dans l’incapacité d’avoir un surplus de production nécessaire pour faire face à une demande exceptionnelle.

La construction des centrales de Medupi et Kosile va de déboire en déboire et la mise en œuvre d’une première tranche d’une puissance de 600 MK qui devait avoir lieu à la fin de l’année 2014 a été reportée à plus tard. Conçue en 2007, d’une puissance totale de 4800 MW, Medupi n’est toujours pas en activité. Grèves des ouvriers du bâtiment, défaut de fabrication des chaudières fournies par Hitachi, défaut des systèmes de contrôle fournis par Alstom, accumulent les retards. Le projet devait à l’origine coûter la déjà coquette somme de 87 milliards de rands. Pour financer ce gigantesque projet, l’Afrique du Sud a emprunté 3,75 milliards de dollars auprès de la Banque mondiale, le premier emprunt international depuis la fin de l’apartheid. Quand Medupi entrera en activité la note va se monter à 105 milliards de rands.

La gravité de la situation n’a pas échappé au gouvernement, et au delà de l’appel aux citoyens à éteindre les lumières, un comité de crise tente de répondre aux situations d’urgence et de prévoir l’avenir. Dans son Discours à la nation (Sona), le Président a détaillé le plan qui doit éviter à son pays d’être plongé dans les ténèbres.

Le gouvernement va venir financièrement au secours d’Eskom en injectant 23 milliards de rands pour l’année fiscale 2015/2016 (l’année fiscale commence en avril) pour faire face aux travaux d’urgence sur le réseau et les centrales.

Le gaz va graduellement être utilisé dans les centrales au diesel qui fonctionnent pour un coût exorbitant. Le gaz sera importé du Mozambique ou acheter à des producteurs d’électricité indépendants (Indépendant Power Producers). A plus long terme, l’Afrique du Sud envisage d’exploiter les vastes gisements de gaz de schiste du Karoo, une région subdésertique à la flore et à la faune uniques au monde et aux paysages exceptionnels.

Les énergies renouvelables, éolienne et solaire, devraient contribuer de plus en plus à fournir une part de l’énergie avec de nouveaux investissements. Non seulement de nombreux foyers sont équipés en énergie alternative pour couvrir les besoins domestiques, mais des mines envisagent d’avoir recours à ce type d’énergie pour suppléer aux déficiences d’Eskom. Les capacités hydro-électriques de la région vont aussi être sollicitées.

Le choix de l’énergie nucléaire trouve aussi une place de choix dans la politique énergétique future. L’Afrique du Sud dispose déjà d’une centrale nucléaire, la centrale de Koeberg, construite au temps de l’apartheid avec l’aide des pays occidentaux, en particulier la France et Areva a obtenu le marché pour sa maintenance, choix qui a soulevé la colère des autres entreprises qui convoitaient le marché.

Le gouvernement à l’intention de doter le pays d’une capacité de 9600 MW, produite par des centrales nucléaires. Il s’agit de construire pas moins de six à huit centrales nucléaires, le plus rapidement possible pour faire face à la crise. Personne ne sait où le pays trouvera l’argent pour ce gigantesque programme, mais cinq pays sont déjà sur les rangs : les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Russie, la France et la Chine.

Le Président Zuma a promis que les appels d’offres seraient clairs et transparents, mais son voyage éclair à Moscou en septembre dernier où il aurait déjà promis le marché à son homologue, Vladimir Poutine, alimentent controverses et spéculations.

Selon le Mail&Guardian, en faisant le choix de négociations bilatérales de gouvernement à gouvernement, le débat « clair et transparent » risque fort de se faire derrière les portes capitonnées des bureaucrates. Ni Eskom, ni l’Assemblé nationale n’auront leur mot à dire sur les décisions prises par le gouvernement, ce qui est contraire à la section 217 de la Constitution sud-africaine.

S’il est vrai qu’il est plus facile et plus rapide de conclure un marché avec un interlocuteur qu’avec plusieurs, la question est aussi de savoir si la Russie sera dans la capacité de fournir ces centrales alors que son économie vacille sous le poids des sanctions imposées par les pays occidentaux pour résoudre la crise en Ukraine et la chute vertigineuse du prix du pétrole.

En tentant de dédramatiser la situation, en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une « crise » mais d’un défi à relever, le Président Zuma et son gouvernement vont avoir fort à faire pour gagner le pari de la croissance, de la création d’emplois, de la lutte contre la pauvreté et les inégalités. S’il fut un temps où la dialectique pouvait casser les briques, l’énergie nucléaire peut-elle seule apporter la lumière ?

Plus d'informations : Cosatu Media monitor

Publié le dimanche 22 février 2015


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