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Jacob Zuma résiste à une motion de destitution

Introduite par les partis d’opposition, Democratic Alliance et Freedom Economic Fighters, la motion de censure avait peu de chance de l’emporter, étant donné que les députés de l’Anc ont une confortable majorité au Parlement. La discipline de parti a encore une fois réussi à sauver le Président Zuma.

La session du Parlement a commencé, avant même le decorum habituel, par la contestation de Madame Baleka Mbete, la présidente du parlement, à se maintenir dans son fauteuil. Sans surprise c’est Julius Malema, le fougueux dirigeant du parti Economic Freedom Fighter (EFF), qui a ouvert les hostilités, suivi par Mmusi Maimane, le secrétaire général de Democratic Alliance (DA), qui avait introduit la motion de destitution (impeachment motion) du président Zuma. S’en est suivi une bonne demi heure d’un bruyant cafouillage et au terme d’encore une heure de suspension de séance, pendant laquelle des concertations de tous bords se sont déroulées, Baleka Mbete a été contrainte de céder sont siège à sa suppléante, Lechesa Tsenoli. Le temps d’une séance.

Cette entrée en matière a été à l’image de la suite des débats. Une habitude, depuis plusieurs mois, particulièrement depuis le discours à la nation adressée par le président en février dernier, où les députés de EFF ont été sortis du Parlement par la police. La séance fut donc très animée, suspendue, mais peu de surprise dans le contenu des interventions. Les députés de DA ont mis l’accent sur le respect de la constitution et de quelle manière le texte, s’il était majoritaire, autorise la destitution du Président Zuma. Ceux de EFF ont fait appel au passé glorieux des dirigeants de l’ANC, qui ne peuvent se reconnaître dans l’ambiance délétère qui règne sur le pays depuis la réélection de Jacob Zuma, en 2014. Bantu Holomisa, le leader du premier parti noir qui avait osé affronter l’ANC, il s’était constitué sous la présidence de Nelson Mandela (1994-1999), a rappelé les sacrifices, les souffrances de la lutte contre l’apartheid, justifiant, selon lui, la colère d’aujourd’hui. Même les partis constitués dans la foulée de la débâcle du Parti national au début des années 2000 et majoritairement composés de Blancs, ont soutenu la motion de destitution.

L’ANC s’est évidemment beaucoup exprimé. Par son nouveau chef du groupe, Jackson Mthembu, qui faisait son baptême dans la fonction et par certains membres du gouvernement. Le premier à intervenir fut le ministre adjoint de la justice qui a nié l’accusation de violation de la constitution lancé pourtant par la Cour elle même, à l’encontre du président Zuma. Cependant, aucun dirigeant significatif de la direction de l’ANC et du gouvernement ne s’est exprimé, renforçant l’évidence d’une profonde division au sein du parti au pouvoir.

Aucune voix des députés n’a manqué pour ou contre la motion Au terme de cette séance extraordinaire, dont on retiendra plus les envolées lyriques, les démonstrations visuelles que la profondeur des débats le vote a rejeté, par 233 contre et 143 pour, la destitution de Jacob Zuma, qui reste donc, jusqu’à nouvel ordre le locataire de l’Union Building. Aucune abstention. Pour faire passer cette motion de destitution il fallait un minimum de 260 voix de députés, le bloc de l’opposition, même soudé comme il le fut, ne pouvait espérer y parvenir, face à l’autre bloc, celui de l’ANC et de ses alliés dont aucun député n’a fait défaut.

Un deuxième mandat de Jacob Zuma marqué par les scandales. Finalement, s’il y eut une surprise lors de cette séance, ce fut ce vote bloqué. Dans le climat délétère qui règne sur le pays, de nombreuses personnalités politiques de haut niveau ne cessent d’afficher leur désaccord avec le comportement du président, de dénoncer le climat de corruption qui entoure son action, sa faiblesse, voire son incapacité de gouverner qui le conduit à donner à une famille amie des pouvoirs extravagants d’intervention dans les affaires de l’Etat ainsi que dans la gestion des entreprises du secteur public. Y compris certaines institutions, telle que la municipalité de Johannesburg et le Parlement de Gauteng, qui ont exprimé leur peu d’enthousiasme à travailler avec ces « amis » du président. L’ancien ministre de l’économie des gouvernements de Nelson Mandela, Thabo Mbeki et le premier de Jacob Zuma, Trevor Manuel, a demandé la démission du président. Ahmed Katrada, compagnon de procès, de prison et de lutte de Nelson Mandela, dernier représentant de cette génération de héros, exige, lui aussi, le retrait de Jacob Zuma. Pas une institution de la société civile n’a manqué à l’appel, des Eglises aux syndicats. Le Parti communiste et le syndicat Cosatu, membres de l’alliance gouvernementale, ont été obligés de se démarquer du comportement de Jacob Zuma.

Comment expliquer, dans ce contexte le rejet sans appel de la motion de destitution par les députés de l’ANC au Parlement ?

Pour le journaliste politique de l’hebdomadaire Mail & Guardian, la première raison est la crainte de ces députés de perdre leur fauteuil au Parlement. Tous ne sont pas cupides, ceux qui font partie du groupe autour du vice président Cyril Ramaphosa, du secrétaire général Gwede Mantashe et du président du parti communiste et ministre des universités, Blade Nzimande, ainsi que du ministre des finances et son adjoint (la liste n’est pas exhaustive) avaient des raisons politiques de sanctionner le président Zuma et marquer ainsi publiquement leur désaccord, qui n’est plus un secret. Mais pas suffisamment fortes pour risquer d’être la cause d’un vide et d’une déstabilisation politique dangereuse, à quelques mois d’un scrutin qui doit élire de nouvelles institutions locales. La date vient d’être annoncée par le Président Zuma comme l’exige la loi électorale : elles auront lieu le 3 août. L’autre bonne raison, peut être la plus unificatrice, de ne pas voter la motion est de limiter la victoire de Democratic Alliance et Economic Freedom Fighter, les deux partis qui l’ont introduite au Parlement et qui sont, pour l’ANC, les plus dangereux, électoralement.

Anne Dissez. Lenaka.info

Publié le mercredi 6 avril 2016


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