Déjà en 2008, une vague de terreur s’était abattue sur les migrants étrangers, mais le 30 juin 2026 est la date fixée par des organisations anti-immigrants pour chasser tous les illégaux hors des frontières du pays. Un affrontement dramatique aura -t-il lieu ce jour-là entre ceux qui veulent faire la loi par eux-mêmes et les forces de police sud-africaines ?
Le chiffre de 15 millions de migrants illégaux, un chiffre donné en 2018 par la Banque mondiale et qui répertoriait toutes les personnes sans papiers y compris des Sud-Africains, a été repris par ceux qui veulent en découdre avec les étrangers. Les derniers chiffres donnés par le rapport de 2022/23 des statistiques officielles sur les migrations font état de 3,1millions de migrants étrangers soient 5,1% de la population totale sud-africaine. La majorité, 63,4%, vient des pays de la SADC (Southern African Development Community), pays de l’Afrique australe, 25,4% des autres pays d’Afrique et 11,4% de pays hors d’Afrique. Les immigrants vont de préférence dans les provinces les plus riches du pays : Gauteng (52,4%), Western Cape (13,3%) et Kwazulu Natal (7%) dans l’espoir de trouver un emploi. Le taux de chômage des immigrants en 2022 était de 18,2% alors que celui des Sud-africains était de 32,9%. Le nombre de petits commerçants (spaza shop) est difficile à établir mais ce sont les Somaliens qui sont les plus nombreux (58,%) alors que seulement 8% de ces boutiques de rue appartiennent à des Sud-Africains.
Un collectif d’organisations anti-immigrants dont le chef de fil est March and March dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma a affirmé que le 30 juin serait la date limite pour que les immigrants illégaux « quittent le pays » et prévoit des manifestations dans tout le pays pour les chasser de force. Bien qu’affirmant que ces manifestations seraient pacifiques, des violences ont déjà eu lieu à Mossel Bay où des centaines d’immigrants ont dû fuir après la démolition de leurs abris de fortune et deux Mozambicains sont morts ; au Kwazulu Natal, 1700 ressortissants du Malawi ont aussi dû fuir aux cris de « dehors les étrangers ! » et un homme de 29 ans a été battu à mort.
La coalition anti-immigrants pointe du doigt la responsabilité du gouvernement et dénonce l’opération de police qui va couter 600 millions de rands. Le ministre de la police Firoz Cachalia a été très clair « Tout le monde a le droit constitutionnel de manifester pacifiquement et dans le respect de la loi. Toutefois les actes criminels, la violence, la destruction de biens et toute atteinte à la sécurité publique ne sera pas toléré. »
Le President Ramphosa a le 26 juin renforcé ce message, la confédération syndicale Cosatu a demandé à ses adhérents de ne pas se joindre à ces manifestations anti-immigrants. La situation est grave et Jay Naidoo, fondateur de la Cosatu et ancien ministre, dénonce clairement les causes de cette situation dans une lettre ouverte à l’actuel président « La plus grande menace contre notre démocratie, ce ne sont pas les étrangers qui essaient de gagner leur vie honnêtement. C’est la corruption, l’échec de la gouvernance, le crime organisé, les inégalités et l’érosion persistante de la confiance des gens. Monsieur le Président nous sommes à un moment dangereux pour notre Constitution »
Tous les sondages et la triste réalité économique du pays montrent que les Sud-Africains ont perdu confiance dans des gouvernements qui se succèdent, font des promesses jamais tenues et que leurs conditions de vie se dégradent chaque jour. Le 30 juin sera -t- il l’heure de vérité ? ou la déflagration et le chaos ?
Jacqueline Dérens Lire dans Recherches Internationales N°136 mon article : Afrique du Sud : corruption et criminalité, le poids du passé.
Publié le samedi 27 juin 2026
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