Afrique du Sud : lanceur d’alerte, une activité à haut risque

L’assassinat de Babita Deokaran par des tueurs à gages à mis à nu la fragilité de la vie de ceux et celles qui dénoncent la corruption qui ravage le pays. Ce crime n’est hélas pas une exception dans un pays où la loi et la justice ont du mal à se faire entendre.

Babita Deokaran était une fonctionnaire responsable financière au service de la santé de la province du Gauteng et ce n’était pas la première fois qu’elle signalait des actes de corruption au sein de son service. Elle devenait gênante et pour la faire taire, le 23 aout des tueurs l’ont abattue de plusieurs balles devant sa maison, alors qu’elle revenait de déposer ses enfants à l’école. Le meurtre avait été soigneusement organisé. La même BMW où se trouvait les tueurs avait été vue par un voisin quelques jours auparavant, rôdant dans le quartier C’est ce témoignage qui a permis l’arrestation de sept suspects.

D’après les premiers résultats de l’enquête, il est clair que ce crime porte la signature du crime organisé. Pour un expert de Institute for Security Studies (ISS) : « le meurtre de Deokaran montre qu’il n’y a pas de distinction entre les réseaux du crime organisé et ceux qui sont infiltrés dans les institutions d’état ». Il explique ainsi ce mécanisme qui menace tous ceux qui osent dénoncer les malversations au sein des institutions étatiques : « C’est un écosystème criminel et leur mode opératoire est le même. Le but est d’extraire le maximum de profit par des moyens illicites. La procédure des appels d’offre dans le service public est pris en otage par cet écosystème. » Pour fonctionner il faut une chaine de relais dans le processus à tous les niveaux pour que celui qui va emporter le marché soit le bon choix. Du responsable au plus haut échelon d’un ministère jusqu’au tueur, tout le monde reçoit sa récompense. « Si un obstacle est détecté qui empêche de rétribuer un maillon de la chaîne criminelle, le réseau va prendre les mesures pour se débarrasser de cette menace. Dans le cas de Deokaran , elle était repérée comme lanceuse d’alerte. »

Une veillée en hommage à Babita Deokaran organisée le 26 aout a rassemblé beaucoup de citoyens honnêtes et en colère de voir que les fraudeurs en tous genres échappent à la justice. David Makhura, le responsable provincial n’a pas hésité à y assister alors que son inaction pour nettoyer les services de sa province est flagrante. Son discours et ses larmes de crocodile n’ont pas convaincu.

Kavisha Pillay de l’organisation Corrupt Watch a dénoncé le manque de moyens pour protéger les lanceurs d’alerte et le manque de volonté politique d’en finir avec la corruption. « Il y a des gens qui dénoncent les responsables au plus haut niveau, il n’est donc pas dans l’intérêt des dirigeants politiques de les protéger, surtout dans un état corrompu. » David Makhura ne l’a pas démentie. « Tant que je ne prendrai pas les mesures pour amener les pillards et les corrompus devant la justice, vous avez raison de dire que tous les politiciens sont pourris. » Un mea culpa nécessaire, mais loin de ce que l’on attend d’un responsable élu : où sont les décisions concrètes pour agir contre les escrocs qui se servent de l’argent public pour remplir leurs portefeuilles ?

Le 30 août, le Président Ramaphosa a pris la parole pour dénoncer le crime commis contre Babita Dekoaran, la courageuse lanceuse d’alerte. « Les lanceurs d’alerte sont des gardiens de notre démocratie. Ils parlent en bonne foi et attendent raisonnablement que des mesures soient prises, mais aussi qu’ils soient protégés et ne deviennent pas des victimes. » Il remarque fort justement que ces meurtres n’ont pas seulement pour but de faire taire l’empêcheur de piller l’argent public en toute impunité « mais d’envoyer un message aux lanceurs d’alerte potentiels ». Et de promettre qu’il ne se laissera pas intimider et que tout sera fait pour arrêter les coupables et lutter sans relâche contre la corruption.`

La question est de savoir de quelle marge de manœuvre dispose le Président Ramaphosa pour mettre ses paroles en actes. Les prochaines élections locales devraient avoir lieu le 1er novembre. Le temps est compté pour agir et convaincre les électeurs que l’ANC a encore des capacités à gouverner et a nettoyer devant sa porte.

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