L’Afrique du Sud est un pays qui ne dispose pas de ressources d’eau abondantes et l’utilisation incontrôlée des rivières et cours d’eau pour irriguer les immenses champs de maïs des fermiers blancs a mis à mal un système fragile. Avec l’arrivée d’un gouvernement démocratique en 1994 et les promesses d’un accès à l’eau pour tous, l’espoir était grand de voir ce droit inscrit dans la constitution devenir réalité. Mais de la promesse à la réalité peu d’eau a coulé sous les ponts.
Ce n’est pas la faute du climat, des périodes de sécheresse intense qui sont la cause de la très grave crise de l’eau que traverse l’Afrique du Sud depuis déjà plusieurs années, mais bel et bien la négligence humaine. Le dernier rapport de Tskani Muleke, vérificateur général d’Afrique du Sud (Auditeur-General), est sans appel : la crise de l’eau actuelle est due à des infrastructures défaillantes, une gestion inadaptée et un manque de compétence.
Le dernier rapport du secrétariat de l’eau et de l’assainissement constate que 47% de l’eau assainie est perdue avant d’arriver aux robinets des consommateurs, la norme internationale est de 30%. Toutes les provinces sont touchées par ce gâchis, mais le Gauteng caracole en tête suivi du Kwazulu-Natal. Ces deux provinces dépassent le taux de 70% de perte, de quoi faire boire la tasse à leurs finances.
La Commission sud-africaine des droits humains (SAHRC) met en garde sur un fléau d’une autre nature : la mafia des camions citernes. Quand le système de distribution est à sec, les municipalités font appel à des compagnies de camions citernes pour livrer de l’eau aux habitants qui viennent y remplir leurs bidons pour leurs besoins essentiels.
La plupart du temps aucun appel d’offres n’est lancé et aucun contrat n’est signé. De plus le crime organisé n’hésite pas à saboter des infrastructures déjà mal en point et à faire payer l’eau qui devrait être distribuée gratuitement aux résidents. Dans la province du Limpopo, une municipalité à payer une facture de 12 millions de rands (environ 6 millions d‘euros) sans vérifier si la distribution d’eau avait bien été faite. Dans la province du Cap nord, une autre municipalité a vu la facture d’eau doubler sans se soucier de résoudre le problème. Selon le principe éternel des vases communicants, le système des camions citernes remplit les poches des mafieux et vident celles des budgets municipaux au grand dam des habitants qui manquent toujours d’eau.
Pour de nombreuses associations de résidents, le manque d’eau potable est une crise humanitaire systémique alimentée par la négligence, l’absence de contrôle financier et la corruption. Cette crise est aggravée par la situation catastrophique du traitement des eaux usées qui pollue les zones humides et les cours d’eau posant des risques sanitaires sérieux. Faute d’eau potable, dans les zones rurales femmes et enfants vont puiser de l’eau à la rivière au risque de se faire voler, violer en chemin ou avaler par les crocodiles. Les villageois sont fatigués des promesses non tenues et comme toujours se sont les plus démunis qui sont les victimes de cette gabegie.
La question de l’accès à l’eau potable sera au cœur des prochaines élections municipales qui doivent se tenir à l’automne 2026. Tous les partis se sont emparés de la question avec plus ou moins de panache. La palme revient à Helen Zille de l’Alliance démocratique qui s’est baignée dans des trous d’eau ou a fait du canoé dans les rues de Johannesburg lors des dernières inondations. Pour l’ANC, l’enjeu n’incite pas à la pochade et le Président Ramaphosa a mis en place une commission nationale de crise de l’eau. Une stratégie visant à une action coordonnée au niveau technique, financier et contrôle de la livraison de l’eau a été élaborée. Sera-t-elle efficace et satisfaisante pour les millions d’habitants pour qui l’eau est toujours une denrée une rare ?
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